Opposition: Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait?

Tshisekedi et Kamerhe, les 2 têtes de l'opposition

En ce moment, du côté de l’opposition, on doit se dire:  » Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait? »

La CENI a donné Kabila Kabange vainqueur avec 48,95% des suffrages exprimés devant un Tshisekedi qui n’a pu obtenir que 32,33%. Surpris? Evidemment pas, mais médusé et frustré sûrement. Tout au long de ce processus électoral, le mot les mots les plus utilisés auront été tricherie et fraude. Pas un seul jour sans que le parti au pouvoir ne soit accusé de tous le maux pour exprimer la crainte de la population de se voir privée de sa victoire au moins morale face à  cette machine du pouvoir qui avance sans trop regarder ceux qu’elles piétinent. L’opposition par son nouveau porte-parole de circonstance(Kamerhe) à dès la proclammation des résultats annoncée qu’elle n’acceptait pas ce verdict. Mais que peut-elle faire d’autre? Déposer un recours à la Cour Suprême de Justice inféodé par des magistrats tous ou presque nommés par le président sortant et déclaré vainqueur? L’issue paraît déjà connue et le leader de l’UDPS a déjà dit qu’il ne perdrait pas son temps à la faire. Et même si des milliers de cas de fraude étaient avérés, cela ne changerait pas le nom du vainqueur et inverserait encore moins la répartition des suffrages. Ceci dit, le candidat Kamerhe a tout de même déposé lundi 12 décembre un recours « au nom de l’opposition ».

On ne peut pas annuller les élections, on ne peut pas les recommencer et surtout il n’est pas question d’assoir le perdant sur le trône. Si les deux premières options sont financièrement difficilles à réaliser(ça coûterait trop cher et personne n’a d’argent à remettre dans un tel processus), la troisième relève tout simplement du fantasme. Kabila est donc vainqueur par K.O et l’opposition apparaît comme sonnée. Pour couronner le tout, dans un style dont l’Afrique raffole, le déclaré perdant s’est auto-proclamé « vainqueur ».

Dans les capitales européennes, on manifeste aussi bruyamment que l’on peut et parfois comme à Bruxelles avec des actes de violences très visibles. Déjà frustrée de ne pas avoir participé au vote, la diaspora reproche pêle-mêle au pouvoir la dictature, le vol de deniers public, l’enrichissement personnel, de ne pas mettre fin à la guerre qui sévit à l’est du pays, de ne pas dénoncer les viols massifs qui s’y déroulent(ou d’y mettre fin) et de favoriser le traffic de minerais en faveur des voisins rwandais et ougandais. « Ils nous ont volé notre élection, ils ont triché » dit la diaspora en chantant et par la même occasion accuse avec virulence les capitales occidentales de soutenir ou pire d’avoir manigancé depuis le début une victoire certaine de leur protégé, le sortant Kabila. Soyons réaliste, ces manifestations hors du territoire national ne changeront pas le résultat du vote mais il permet d’envoyer un message clair à l’occident: »Vous avez tous vu la même chose que nous et vous continuez à fermer les yeux? ». Quelque peu embarrasée devant tant de démonstrations, la communauté internationale se tait. Trois jours après l’annonce des résultats, personne n’a envoyé le moindre message de félicitations au vainqueur. Faut dire qu’entre les irrégulatités du scrutins dénoncées par tous les observateurs, les accusations de tricheries et la gestion sécuritaire pré et post-électorale avec sa lithanie de civils tués ça et là, l’occident se retrouve entre le marteau et l’enclume. On ne se prononce pas encore tant que les résultats provisoires ne sont pas définitifs, on « prend note » sans porter de jugement. Peut-on encore couvrir un tel homme et se voir accuser plus tard non seulement par la diaspora mais aussi par ses propres électeurs de soutenir un tyran, un voleur, un tricheur? Seule échappatoire possible pour l’occident, pousser l’opposition à la faute, et finalement la présenter comme le « méchant » face à un pouvoir qui ne fait que se défendre suite aux provocations incessantes des perdants. Piège facilement tendu tant la population complètement désoeuvrée n’a plus que la rue pour montrer son mécontentement. Tombera, tombera pas?

Et après tout ça?

Sans être devin, la suite du film est désormais connue mais contrairement aux 10 précédentes années de règne, Kabila n’aura plus la tâche simple tellement le fossé s’est creusé entre lui, le peuple et son futur parlement qui sera composé entre autres de nouveaux venus et pas des moindres, l’UDPS de Thisekedi probablement associé à son nouvel ami l’UNC de Kamerhe. Quant aux autres, à part dans son premier cercle, il n’est pas bon d’avouer que l’on est de la mouvance présidentielle si on n’a pas un service de sécurité qui vous protège jour et nuit. N’ayant plus confiance en la justice, la population prend desormais plaisir à règler ses comptes elle-même et le pugilat accompagné d’une destruction des biens personnels est devenue la norme.

Habitué à implorer le « ciel », le peuple découvre que celui-ci s’est encore un peu plus assombri sur ce pays qui n’en finit pas de règler ses comptes tantôt avec l’histoire, tantôt avec son avenir. L’espoir tant attendu s’est transformé en crainte et en voyant les partisans du parti gagant fêter en criant à gorge déployée, on ne peut que se dire que la gueule de bois va être sévère pour ceux qui se sont fait prendre par l’illusion.

Mwana Yakala

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