La bataille du parlement

Rentrée parlementaire des députés

Après le slogan « Onze, onze pour une coupe » qui résumait la course à la présidentielle, on va devoir s’occuper des 18,386 candidats qui se battent pour les 500 sièges qu’offre le parlement.

Du jamais vu!

18,386 candidats? Ca fait une moyenne nationale de 36 candidats par siège, avec des pics comme à Kinshasa ou les 4 cirsconscriptions ont affiché plus de 1000 candidats pour à peine une quinzaine de sièges . On croit rêver! Serait-ce là un sursaut de démocratie naissante dans ce pays marqué par des années de désintéressement total d’une population à la politique? Rien de tout cela. Avec près de 380 partis politiques inscrits pour les législatives, on se demande comment est-ce que un parlement pourrait fonctionner dans une telle tour de Babel. Rassurez-vous, ça sera plus facile qu’il n’y paraît.

D’abord parce qu’il n’y a véritablement que 4 vrais partis politiques(PPRD, UDPS, UNC et UFC); les autres n’étant que des formations satellites créées pour la cause électorale, des écuries à députés pour ratisser large en somme. Souvent sans argent, sans programme et quasi sans leader affirmé, ces petits partis n’ont même pas eu à faire campagne en leur nom. Le simple fait d’associer son image à un grand parti ou à l’un des candidats à la présidentielle a suffit. Et puis, beaucoup de ceux qui seront élus n’auront quasi rien à dire, le parti ou le groupe parlementaire auquel ils seront attaché décidera de tout, absolument de tout.

Le job et le salaire

Être député national, c’est représenter le peuple au sommet de l’Etat, porter ses aspirations quotidiennes(tellement nombreuses et quasi infinies au Congo) et y apporter des solutions. Noble préoccupation me direz-vous! Oui, mais cela n’est en rien la motivation de 90% des candidats inscrits. Ce qui attire le candidat à la députation nationale en 2011, c’est surtout l’argent et l’image qui en découle. Avec des émoluments pouvant atteindre $6000 USD, le job de député est devenu le plus couru au Congo car il est non seulement l’un des mieux payé après celui de ministre ou PDG mais il offre aussi une sécurité financière, sociale et politique quasi certaine quand on est dans le bon camps. Cerise sur le gâteau, on devient une personne « Honorable »! Comme constaté lors de la dernière législature ou le parti présidentiel y détenait la majorité absolue, les députés n’ont pas eu grand chose à faire si ce n’est exécuter les mots d’ordre du parti.  Avoir au parlement des gens qui n’ont jamais lu un article de droit, qui ne savent pas tenir une discussion, et qui n’ont pour seul devoir celui de défendre la personne du président est un atout considérable quand on veut faire passer moultes lois ou décrets sans passer par d’interminables palabres avec l’opposition. Car tel est la deuxième raison  de cette multiplication des candidats. Moins vous serez intelligents et plus serviles vous serez, vous êtes alors l’homme qu’il faut pour le parti. Procédé cynique j’en convient, mais pour garder le pouvoir, tous les moyens sont bons, même celui qui consiste à mettre l’intelligence de côté.

La chance de l’opposition, la cohabitation?

Si la bataille présidentielle est désormais gagnée, l’opposition peut encore rebondir au parlement car c’est de là que sortira le 1er ministre sensé dirigé l’exécutif du pays. La personne de Kabila n’ayant apparemment aucun pouvoir si ce n’est celle de son cabinet qui pilote la politique du pays, on aurait quasiment deux « gouvernements » antagonistes. Si ce mode de gestion est désormais régulier en occident, ce cas de figure n’augure rien de bon pour une démocratie balbutiante ou les rapports de forces précèdent toujours la discussion.  Mais au moins on se retrouverait dans une situation ou la présidence n’aurait pas le monopole de la gestion économico-politique du pays, de la presse et de l’armée. Situation quelque peu surréaliste(envisageable) mais qui donnerait néanmoins au peuple l’image d’une démocratie mais aussi l’assurance que tout n’irait pas dans un seul sens. Une sorte de  partage du pouvoir faisant croire à un gouvernement national mais pas uni du tout…

Selon le calendrier électoral de la CENI, la proclamation des résultats provisoires des législatives nationales aura lieu le 13 janvier 2012 et la rentrée parlementaire se tiendra probablement dans la deuxième quinzaine du mois de mars de la même année. D’ici là, la Cour Suprême de Justice aura eu le temps de répondre aux plaintes des 17886 déçus.

Mwana Yakala

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