16 janvier 2001: Au nom du père…et du fils (Mzee Kabila)

Quand en octobre 1996 on entend parler de Laurent-Désiré Kabila (LDK) débarquant à l’est du Zaïre, très peu à cet instant à part ceux qui sont nés dans les années 40-50 savent de qui il s’agit car cette homme qui jure  » de jeter Mobutu dans les poubelles de l’histoire » n’est pas si inconnu que ça, il est même un vieux routier du combat politique.

Animateur dès ses 20 ans de la Jeunesse balubakat (les Luba du Nord-Katanga) puis de l’antenne locale du Mouvement national congolais (MNC) de Patrice Lumumba, LDK milite pour l’unité du pays et ira jusqu’à combattre la sécession katangaise aux côtés des forces lumumbistes. Mais l’aventure tourne court et après l’assassinant de Lumumba en 1961, il se réfugie au Kivu puis à Budjumbura (Burundi) après un bref passage par Brazzaville.

En 1964, il se bat contre le gouvernement national qu’il considère dirigé par des « impérialistes » et font tomber tour à tour Kalemie, Uvira et Kindu. Conquise le 5 août 1964, Stanleyville (Kisangani) deviendra la capitale d’une « République Populaire du Congo » dont le Conseil National de Libération (CNL) fondé quelques années plutôt lors de l’exil brazzavillois sera le bras politique. Les paras belges aidés par l’aviation américaine mettront fin à cette république éphémère et la plupart des membres du CNL s’enfuiront vers l’Ouganda, la Tanzanie ou encore le Soudan.

LDK réapparaîtra une fois de plus en 1967 aux abords du lac Tanganyika avec un bataillon d’une vingtaine de combattants venant de Kigoma (Tanzanie) où il a soigneusement préparé son insurrection. Là encore, sa révolte n’aboutira pas et sera contraint de s’enfuir vers le Kenya puis l’Ouganda. S’en suivra une longue période d’exil assez floue et ténébreuse durant laquelle on lui prêtera « mille et une vie ».

Il sera tantôt commercant, agriculteur à la façon marxiste, dealer de pierres précieuses ou trafiquant de minerais rares sans oublier ses activités politiques et révolutionnaires au sein de sa propre formation appelée Parti de la Révolution du Peuple (PRP) où il aura les pleins pouvoirs politiques, militaires et économiques. Il fera une fois de plus parler de lui en 1984 quand ses commandos venus de Tanzanie investissent pendant trois jours la ville de Moba, au Nord-Shaba, sur le lac Tanganyika, avant de se replier.

C’est à la faveur du déclenchement d’une révolte des Banyamulenge (nom donné aux tutsis installés à l’Est du Zaïre) survenue en septembre 1996 que l’on reverra LDK au Zaïre à la tête cette fois de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL), une plate-forme politique soutenue par une armée conjointement gérée par ses parrains rwandais, ougandais et angolais. Son but est de renverser le pouvoir dictatorial du Maréchal Mobutu à la tête du pays depuis plus de 30 ans. Parti de l’est au mois d’octobre, il promet de prendre le pouvoir à Kinshasa en moins d’un an.

Il atteindra son but huit mois plus tard en mai 1997 quasiment sans combattre. Ville àprès ville, l’armée de Mobutu en pleine déliquescence lui a ouvert toute les portes. Après une dernière tentative de Nelson Mandela pour trouver une issue pacifique à cette « guerre », Mobutu sera obligé de fuir le pays et dans la suite LDK se proclame président. Considérant qu’il n’a jamais été Zaïrois, il rebaptisera le pays, le fleuve en Congo, changera l’hymne national et remettra le Franc congolais comme monnaie.

A partir de 1998, il commence à prendre ses distances avec ses hôtes rwandais et ougandais qu’il juge non seulement encombrants pour sa politique nationaliste mais les accuse aussi de n’être là que pour piller les ressources et richesses du Congo. Il dissout l’AFDL pour créer le Comité du Pouvoir Populaire (CPP) et nomme un parlement de 300 députés tous acquis à sa cause. Il en est de même pour le gouvernement qu’il façonne à son image et dont les membres éminents seront ses compagnons de luttes, frères ou lointains cousins mais tous plus ou moins sans expérience politique ni administrative.

Ses relations avec la communauté internationale se détériorent et il doit faire face à de nouvelles attaques à l’est du pays favorisés par ses anciens soutiens. Lui qui avait fait entrer le loup dans la bergerie pour déloger Mobutu voit à son tour le trône tant convoité vaciller. Voyant des complots partout, il ne fait confiance à personne si ce n’est son entourage proche et prend des décisions aux allures autocratiques. Il nage en eaux troubles!

En 2001, dans des circonstances non clairement élucidées, il est abattu dans son bureau présidentiel par un des ses gardes qui sera à son tour tué quelques instants plus tard. Trente personnes seront condamnés à mort dont son chef de camp, accusé d’être l’un des auteurs ou ayant participé activement à cet assassinat. A ce jour, tout aussi officiellement, l’enquête se poursuit encore.

C’est à la suite de ce meurtre présidentiel que l’entourage de LDK désignera son fils Joseph (par on ne sait quel principe) pour tenir le rôle de président du Congo.  Le roi est mort, vive le roi !

…La suite, on la connaît !

©WakatiYetu

 

 

(Mis à jour 16.01.2016)

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