L’exécution de Lumumba, Okito et Mpolo: les 15 dernières minutes…

Lumumba, Okito et Mpolo

 » (…)La nuit est froide, ce 17 janvier 1961, au Katanga… Dans la savane boisée, un endroit ouvert est illuminé par les phares des voitures de police. Un peloton d’exécution, fort de quatre hommes se tient en attente, alors qu’une vingtaine de soldats, de policiers, d’officiers belges et de ministres katangais regardent en silence(…) »

« (…) Les policiers ont creusé une fosse d’à peu près 2 mètres sur 3 avec une profondeur de 1 à 1,5m. Cela ne leur a pas coûté beaucoup d’efforts, vu la composition du sol qui est sablonneux et meuble. Les passagers des six voitures descendent et rejoignent les policiers, sauf les prisonniers qui restent dans la voiture de Verscheure. Le capitaine Gat échange quelques paroles avec les ministres katangais qui se trouvent à quelques mètres de la route devant la fosse fraîchement creusée. Kibwe comme d’habitude porte un chapeau melon, et Munongo sont les seuls à parler. Selon Verscheure, ils sont de bonne humeur et débitent des plaisanteries. Kitenge, par contre, est nerveux et fume cigarettes sur cigarettes.

Peu de temps après, les prisonniers sont sortis de la voiture. Ils sont pieds nus et ne portent plus qu’un pantalon et un maillot de corps. Verscheure leur enlève les menottes. Verscheure marche derrière Lumumba lorsque celui-ci lui demande: « On va nous tuer n’est-ce pas? » Il lui répond tout simplement: « Oui ». Ce sont les premières paroles que les prisonniers échangent avec leurs bourreaux depuis le départ de Brouwez.

Selon Verscheure, ils « se tenaient encore debout », ce qui laisse supposer qu’ils portent les traces des sévices endurés les dernières heures. Verscheure leur communique qu’ils vont être fusillés. Selon Gat « on leur a donné le temps de se préparer, de dire leurs prières »; Verscheure  dit que Lumumba rejette cette offre. Entre-temps, le premier peloton d’exécution est composé de deux militaires et de deux policiers. Ces derniers sont armés de Stungens du type Vigneron, les militaires de fusils FAL. Quelqu’un leur fait prêter un serment indigène. Selon Verscheure, Okito dit: « Je demande que l’on prenne soin de ma femme et de mes enfants qui sont à Léopoldville ». Quelqu’un répond: « Nous sommes au Katanga, pas à Leo! » Verscheure prend Okito par la main et l’emmène au pied de l’arbre. Okito s’appuie le dos sur l’arbre et a le visage tourné vers le peloton mis en position quatre mètres plus loin.

Une courte rafale et l’ancien vice-président du sénat tombe raide mort; son corps est immédiatement jeté dans la fosse. Après le « petit » c’est le tour « au grand », comme le dira plus tard Verscheure. Le Commissaire de police place Maurice Mpolo contre l’arbre; lui aussi est abattu d’une courte rafale. Après chaque exécution, un nouveau peloton est amené. Enfin, Verscheure vient avec Patrice Lumumba et l’emmène jusqu’au grand arbre devant le peloton d’exécution. Selon Verscheure, Lumumba tremble lorsqu’on l’emmène devant le peloton d’exécution. Et aussi: « Muet, complètement hébété, les yeux voilés, il n’offre aucune résistance. » L’ex-premier ministre est traversé par une énorme rafale.

« On a ramassé après l’opération un demi-kilo de douilles »… Ainsi dit le commissaire de police. Lorsque Brassinne visitera les lieux 27 ans plus tard, il retrouvera le grand arbre toujours criblé de balles(…)

Toute l’opération a pris à peine quinze minutes. Tout s’est passé sans aucun incident. Qui a dirigé l’exécution? A en croire les faits connus, ce sont le commissaire de police Verscheure et le capitaine Gat. Verscheure dira plus tard au commissaire de police Soete, que c’est le capitaine Gat qui a commandé la scène de la fin et que lui-même a été désigné uniquement « pour préparer les prisonniers à mourir »; c’est lui qui aurait conseillé aux trois prisonniers de faire leurs prières. Dans son rapport secret, Verscheure écrit que les rafales du peloton d’exécution sont déclenchées « sur l’ordre de l’officier européen, donc du capitaine Gat. Les prisonniers s’en remettent à ce qui va suivre; ils sont calmes « fatalistes » selon Verscheure. Okito et Lumumba « tressaillaient » au moment ou Verscheure les emmène devant le peloton d’exécution. Mais d’autres personnages tremblent aussi de froid cette nuit-là, qui tombe au milieu de la saison des pluies pendant la petite saison sèche. Les ministres katangais portent d’ailleurs des manteaux pour se protéger du froid nocturne. »

Source: Ludo De Witte, L’assassinat de Lumumba, Paris, Karthala, 2000

A lire aussi: La dernière lettre de Lumumba à sa femme.

©WakatiYetu

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