UDPS, la stratégie du serpent qui se mord la queue

Tshisekedi wa Mulumba, leader de l'UDPS

Les législatives du 28 novembre dernier sont nulles et de nul effet pour l’UDPS. Etienne Tshisekedi, leader incontestable et incontesté de ce principal parti de l’Opposition politique congolaise l’a déclaré lors d’une conférence de presse le vendredi 20 janvier, en sa résidence familiale à Limete. Que deviendra alors la trentaine de députés nationaux jusqu’ici élus de l’Union pour la démocratie et le progrès social ? Cette option a-t-elle été préalablement discutée à l’interne ? Si non, les députés de l’UDPS devront choisir entre le respect du mot d’ordre de leur leader et leur mandat chèrement acquis. D’où, le dilemme.

Dans les rues de Kinshasa, la «décision» d’Etienne Tshisekedi portant annulation des législatives de novembre dernier est diversement commentée. Certains estiment que les propos du leader de l’Udps sont graves de conséquence. Par ailleurs, d’autres les qualifient d’irréalistes. Quel que soit le jugement que l’on aura porté, une chose reste indiscutable : « Etienne Tshisekedi a parlé ! ».

UNE TRENTAINE DE DEPUTES UDPS MIS EN DEMEURE

Etienne Tshisekedi a parlé. L’Udps, on le sait, est l’un des partis politiques où les décisions du chef n’appellent aucun débat en plénière. « Le chef a dit !» Quelles que soient les conséquences de la décision prise, les autres membres du parti l’assument. Ils peuvent maugréer sans bruiter l’opinion. C’est le charisme du Chef du parti !

Toujours en rapport avec les récentes déclarations d’Etienne Tshisekedi, il y a lieu d’en anticiper les retombées. A priori, le fait que le leader de l’Udps annonce l’annulation des législatives du 28 novembre 2011, met mal à l’aise ses élus. Tous sont mis en demeure de choisir entre le Palais du peuple, siège du Parlement et le respect de la décision de leur leader.

On se rappellera que les résultats provisoires publiés jusqu’ici des législatives contestées, renseignent que l’Udps d’Etienne Tshisekedi compte parmi les partis politiques ayant raflé beaucoup de sièges à l’Assemblée nationale. Pour peu que les chiffres ne paraissent tout aussi exacts, les statistiques font état d’une trentaine de députés nationaux élus sous le label de l’Udps. Ce chiffre n’est pas négligeable, quand on sait qu’avec le jeu de cartel, l’Udps pourrait s’imposer à l’hémicycle, avec l’apport de ses alliés.

A tout le moins, les déclarations d’Etienne Tshisekedi donnent des insomnies aux députés élus de son parti. Ils devront, soit se soumettre à l’ «incontestable et irrévocable » décision du président national de leur parti, soit défendre leur mandat de député, par ailleurs chèrement acquis après le boycott du processus électoral de 2006. A l’hypothèse que les députés élus de l’Udps se solidarisent avec le chef du parti, ils devront, par conséquent, renoncer à leur élection avant même la publication des résultats provisoires et définitifs.

De question en question, on se trouve en droit de se demander ce que prévoit la loi en pareille circonstance, si, Etienne Tshisekedi ne revenait pas sur sa décision. Ces élus seraient-ils tous prêts à renoncer à leur poste pour plaire au président national de leur parti ? Des moyens financiers personnels dépensés aux fins de cette élection iront-ils en eau de boudin ?

Tout bien considéré, si les députés élus de l’Udps observent la décision de leur leader, il ne fait alors aucun doute que le futur Parlement congolais sera délesté d’une trentaine voire d’une quarantaine de ses membres. Moralité, on aura une Chambre basse composée de moins de 500 membres. On serait alors en deçà du nombre constitutionnel qui prévoit 500 députés nationaux élus.

En plus de l’annulation des législatives, le président national de l’Udps annonce la formation de son Gouvernement au courant de cette semaine. Autoproclamé Président élu de la présidentielle du 28 novembre 2011, Etienne Tshisekedi va plus loin. Face à une brochette de professionnels des médias locaux, l’homme de l’avenue Pétunias déclaré qu’il effectuera, toujours au courant de cette semaine, une descente au Palais de la Nation (Ndlr : siège de l’institution Président de la République), considéré comme symbole et siège du pouvoir. Voilà, plus de l’annulation des législatives, une décision aussi grave qui susciterait, un débat à l’interne.

Qu’Etienne Tshisekedi forme un Gouvernement « parallèle » qui, sans doute, siègera à Limete, cela n’est pas nouveau et l’acte relève du principe de « l’art pour l’art ». Du moins pour les Zaïrois des années 90. C’est donc du déjà vu. On se rappellera, à ce sujet, le Gouvernement siégeant à l’époque à Limete et qui n’avait aucune prise sur la gestion véritable de la chose publique. Non pas parce que le chef d’Etat d’alors, Mobutu, s’était accaparé tout le pouvoir, mais parce qu’il y avait plutôt un Exécutif légalement établi et investi de plein pouvoir d’engager l’Etat zaïrois. A un peu près de vingt ans, l’histoire semble se répéter avec toutes ses intrigues. C’est aussi ça la rançon d’une démocratie à la congolaise.

S’il faut arriver à l’annulation des législatives, comme il l’entend, alors de quelle manière Etienne Tshisekedi constituera-t-il son Gouvernement ? En d’autres termes, sur quelle base juridique reposera l’action de cette équipe, dès lors qu’il n’y aura pas de Parlement devant lequel le Premier ministre devra présenter son équipe et défendre son Programme d’action, conformément aux prescrits de la Constitution ?  Pour le président national de l’Udps, l’absence d’une Assemblée nationale ne constitue nullement un obstacle à son Gouvernement. Pour contourner ce qui semble être un vide juridique, Etienne Tshisekedi dit qu’il gouvernera par voie d’ordonnances et Décrets-lois. Ce, en attendant l’organisation de nouvelles élections crédibles, transparentes et démocratiques, à l’issue desquelles sortira une nouvelle Assemblée nationale.

Jusqu’au-boutiste dans sa logique, Etienne Tshisekedi prévoit, dans sa feuille de route, l’organisation d’un recensement populaire au mois de février prochain. Mais, aucune précision de date n’a été donnée. Méfiant du service d’état civil congolais, le leader de l’Udps confiera ce travail à une expertise suisse. A en croire le meilleur perdant de la présidentielle de novembre 2011, ce recensement constitue un préalable, mieux un impératif sur lequel nul ne saurait transiger pour l’organisation d’un processus électoral véritablement crédible, transparent et démocratique en RD Congo. Il s’agit, entre autres, des élections locales, communales, urbaines et législatives.

FDA

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