Bukavu: un crash qui en dit long…ou très peu

L'épave du jet qui a fini sa course dans un ravin proche de l'aéroport de Bukavu

Depuis l’annonce de l’accident dramatique ayant coûté la vie à Katumba Mwanke connu pour être l’éminence grise du président Kabila, plusieurs détails relatant les faits sont publiés ici et là par les médias. Ce qui étonne, à défaut de croire tout les ragots et commentaires tendancieux, c’est que même les organes de presse réputés « crédibles » ne parlent pas tous le même langage et force est de constater que soit ils ne sont pas plus au courant que le commun des mortels, soit ils font exprès de ne pas tout dire. Après une journée riche en informations, commentaires, rumeurs et insinuations, quelques questions méritent d’être posées si on veut comprendre la gravité de l’évènement.

1. L’avion

D’abord annoncé comme étant un avion loué par le gouvernement,  il s’avère d’après les dernières nouvelles qu’il serait la propriété personnelle du gouverneur du Katanga Katumbi Chapwe. Ce détail à son importance dans la mesure ou il donne une idée sur la nature de la mission. Était-elle officielle ou privée? Dans une interview donnée aux médias locaux, le porte parole du gouvernement Lambert Mende a déclaré du bout des lèvres qu’il s’agissait d’une mission officielle. Si tel est le cas, quel part de responsabilité porte le gouvernement pour avoir fait confiance à un appareil et équipage « inconnu » puisque les premiers éléments portent à croire qu’il s’agirait d’une erreur humaine.

(Mise à jour, 15.02.2012): Des précisions sur l’avion fournies par Aviation Safety Network.

2. Les pilotes

Le pilote et son copilote sont morts. Sans donner leur nom, deux versions se télescopent dans les médias. L’une prétend qu’ils sont américains et l’autre qu’ils seraient sud-africains. Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à présent, aucune des deux ambassades concernées n’a certifié publiquement la perte des deux compatriotes. On va sans doute le savoir très vite, mais pourquoi entretenir un tel flou?

(Mise à jour, 15.02.2012): L’ambassade US à Kinshasa à confirmé que les deux pilotes étaient américains.

3. Les passagers

Il n’y a pas de version officielle sur le nombre exact des passagers. La plus entretenue est celle qui dit qu’il y en avait huit à bord du jet ou une dizaine de personnes, membres de l’équipage compris. Mais parle-t-on de huit personnes à bord de l’avion ou de huit passagers en dehors des 2 pilotes? Selon la version donnée par le ministère de l’intérieur, seulement six noms ont été publiés. Qui sont donc les deux autres VIP’s qui manquent à l’appel?

(Mise à jour, 15.02.2012): Selon le manifeste publié par Aviation Safety Network, il y avait 9 personnes à bord, dont 2 membres de l’équipage (pilote + copilote).

4. La destination

Nous touchons là au coeur du problème. L’avion s’est écrasé à Bukavu mais selon toute vraisemblance, cet aéroport n’était qu’une escale avant d’aller ailleurs. Ou, voir qui et pourquoi? S’ill s’agit d’une mission officielle comme le clame Lambert Mende, on devrait aussi en connaître le lieu et le but. D’où venait l’avion? Son point de départ serait soit Kinshasa, soit Lubumbashi. Mais là aussi, les deux versions se côtoient sans donner plus de précisions. Et à y regarder de près, de très près même, on se rend vite compte que les personnes impliquées dans le crash sont toutes des proches du premier cercle du président Kabila. Le fait même que l’avion ait été prêté par le gouverneur Katumbi montre l’étroitesse de liens qu’à ce petit groupe de hautes personnalités. Dans un contexte où l’absence du président est de plus en plus constatée et décriée,  et qu’aucune information crédible ne parvient à le situer, on a le droit de se poser la question: “Ces VIPs allaient-ils rendre visite au chef de l’Etat?”

5. Le bilan

A ce jour, il a été annoncé cinq morts dont les deux pilotes, le député Katumba Mwanke et “deux paysans” qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Le ministre des finances Matata aurait un traumatisme crânien, le gouverneur Chisambo serait atteint aux membres inférieurs et l’ambassadeur Ghonda est atteint au niveau de la cage thoracique ou du bassin. On ne sait rien ou très peu du député Oscar Gema ou de l’homme d’affaire Bisengimana qui les accompagnait. Aux dernières nouvelles, tout les blessés devraient être acheminés en Afrique du Sud pour recevoir des soins appropriés.

Si cet accident fait tant parler de lui, et ce n’est que le début, ce n’est sûrement pas pour son côté spectaculaire mais surtout parce à cause de la nature des personnes impliquées, du lieu du crash et du contexte politique actuelle. Il n’en fallait pas plus pour enfoncer le Congo dans une crise politique de plus en plus kafkaïenne.

@wakatiyetu

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Un commentaire pour Bukavu: un crash qui en dit long…ou très peu

  1. Bagira dit :

    Une tres bonne analyse… Merciet courage …Que Dieu noous pretes vie un jour on saura la verite sur le crash je suis meme sure que cette affaire sera clos ou dejas Mende la clos lui meme …pa d’enquete…pas quoi que ce sois….

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