17 mai 1997: Un jour la libération s’est trompée de porte

« Quand on se noie, on s’accroche à tout même au serpent »

Mzee Kabila et ses Kadogo

Quand à la fin de l’année 1996, les terres montagneuses de l’est du Congo(Zaïre à l’époque) commencent à vibrer sous le poids des bottes des soldats de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo(AFDL), personne de l’autre côté du pays à part quelques initiés, ne prennent au sérieux la menace militaire qui envahit le pays. A l’époque, on croit encore à de simples soubressauts de mutins motivés par le manque de leur solde, du moins c’est ce qu’il convient de croire ou de faire croire à la population. Quelques semaines plus tard, au détour d’informations télévisées étrangères, on découvre que ce mouvement à un porte-drapeau. Il s’appelle Kabila…Laurent-Désiré Kabila dit « Mzee » et veut ni plus ni moins évincer le « vieux » maréchal Mobutu de son trône, le Zaïre. Ce n’est pas un inconnu pour Mobutu. Kabila est en exil depuis presque trente ans successivement dans les régions de l’est du Congo, au Rwanda et en Ouganda et est tout autant considéré comme un opposant inoffensif. Mais la population zaïroise ne le connait pas vraiment et après 32 ans de l’implacable présence du mobutisme qui tel un cancer s’est installé dans tout les méandres de la vie politique et sociale, le Zaïrois à bout de souffle n’a qu’une chose en tête: « Tout sauf Mobutu ». Et ces paroles pleines de bons sens de l’homme qui vient de prendre le contrôle de l’est redonnent un réel sentiment d’espoir à un peuple au bord du gouffre.

Ce que l’on sait et que l’on voit à ce jour-là, c’est un homme rondouillard se promenant la plupart du temps en sandales et vêtu tout aussi simplement d’un ensemble kaki ou vert comme les révolutionnaires communistes en raffolent. Et derrière cette allure de bon père de famille, une armée de jeunes gens disciplinés(kadogo) dont la maigreur se voit tellement ils flottent dans leur uniforme militaire trop grand(sûrement venus de Chine). Ils ne chaussent pas de boots comme dans les films américains mais des bottes en plastique utilisées couremment par les paysans. Rien à voir avec ce que l’on connaît de la soldatesque mobutienne dont la prestance du maréchal n’avait d’égal que l’arrogance affichée de sa garde prétorienne dont rien que l’évocation suffisait à faire trembler une mère de famille soucieuse de l’avenir de ses fils. Elle va pourtant se montrer totalement inefficace face à cette déferlante venue de l’est.

Six mois plus tard, c’est dans les rues de Kinshasa et à la télévision nationale prise quelque heures plutôt que les Zaïrois découvrent stupéfaits cette armée libératrice d’un autre genre. La joie passée, le doute s’installe. Quand le kinois « libéré » s’avance pour manifester sa gratitude à son libérateur, il se rend vite compte que ce dernier ne parle pas Lingala(une première pour un soldat) et son étonnement est de taille quand il les entend parler pour les uns Kiswahili, pour les autres Kinyarwanda et pour les plus gradés l’anglais. Des mois passent, Mobutu est bel et bien parti. Pour être clair, il a fui le pays à l’arrivée de « Mzee » Kabila son successeur qui est bien un compatriote mais dont la nature de sa cour sème et entretient le doute: « Libération ou invasion? » La réponse évidente tombera une année plus tard par la bouche même du nouveau monarque qui visiblement se rend compte d’avoir été utilisé(ou prétend l’être) par les puissances voisines(Rwanda et Ouganda) pour s’accaparer des ressources et des richesses du pays. Ce qui va suivre ne laissera aucun doute là-dessus. En se séparant de son chef d’état-major qui aujourd’hui se retrouve ministre de la défense au Rwanda et en faisant évacuer de Kinshasa les soldats rwandais et ougandais, « Mzee » Kabila va mettre le feu au poudre et s’assoir sur un de ces barrils. Après avoir conduit victorieusement la première guerre du Congo, il va déclencher la deuxième qui lui sera d’ailleurs fatale. Ses anciens « amis » deviendront ses nouveaux énemis et après d’houleuses tensions notemment à Kinshasa, au Bas-Congo et au Kivu mais aussi sur le plan international ou il se verra isolé suite à ses prises de positions unilatérales, « Mzee » est assassinée le 16 janvier 2001, trois ans et demie après son arrivée victorieuse à Kinshasa…

Le règne de « Mzee » Kabila aura peut-être été court mais cela aura été suffisant pour altérer le Congo de Lumumba(son idéal) et le Zaïre de Mobutu en un « nouveau » Congo dont le visage peine à recouvrir la vue depuis 15 ans…

Ce qui a changé depuis le 17 mai 1997,

Prétendant n’avoir jamais été Zaïrois, « Mzee » Kabila redonne au pays son nom « colonial ». Lui préférera dire celui de son indépendance. De facto le fleuve Zaïre devient Congo, la monnaie le franc congolais et il débaptise évidemment toutes les rues et édifices publics rappelant l’ancien régime. L’hymne national ne déroge pas à la règle et le « Débout Congolais » redevient à la mode. Les symboles de l’état, les armoiries, le drapeau suivent le même chemin. Sûrement encouragé par ses parrains d’alors, il aura à son arrivée essayé d’imposer l’anglais comme première langue, puis comme deuxième. Mais à l’instar du voisin rwandais devenu depuis membre du Commonwealth, la population n’adhérera pas à cette ultime lifting.

Depuis sa disparition tragique, le pouvoir est entre les mains de son fils à qui il a malheureusement aussi légué une guerre dont on ne voit pas la fin à l’est du pays. Cette région n’aura jamais connu la paix depuis les premiers bruits de bottes qui suivirent les pas de son père…

Mwana Yakala

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Un commentaire pour 17 mai 1997: Un jour la libération s’est trompée de porte

  1. jeef kabula dit :

    comment on avait tue mzee Kabila a quel en droit

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