MONUSCO, La Tour de Babel congolaise?

Madnodje Manoubai & Roger Meece (Respectivement Porte-parole et Chef de la MONUSCO)

Il n’est un secret pour personne que le rôle joué par l’Organisation des Nations Unies(ONU) au Congo depuis plus de 12 ans maintenant est ambigu ou du moins perçu comme tel par la population censée bénéficier de sa présence. Arrivée en 1999 au lendemain du vote par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 1279, elle a pour objectif « Le maintien de la paix » au Congo meurtri par les incessantes guerres principalement localisées à l’Est du pays. Avec au moins 19000 hommes et environ un milliard USD de budget annuel, son déploiement constitue l’un des plus important de la planète et de l’histoire des Nations Unies et autour d’elle, une multitude d’organisations non-gouvernementales(ONG) gravite avec des objectifs aussi divers qu’il y a de problèmes à résoudre.

Si sur papier tout cet élan « de générosité gratuite et plein de dévouement » paraît idyllique, il n’en est pas de même sur le terrain ou la population résignée après 15 ans de conflits régionaux ne voient toujours pas le bout du tunnel car il faut se rendre à l’évidence, les résultats espérés et attendus ne sont jusque là pas à la hauteur des « investissements ». Les deux Kivu et la Province Orientale sont toujours sous la coupe des rebelles et des milices armées, des guerres larvées éclatent de façon saisonnières et les villageois quand ils ne tombent pas sous les balles ou armes blanches des belligérants sont toujours autant sur les routes ou dans des camps de fortune fuyant l’insécurité de leur patelin. Si leur mission est de maintenir la paix, la question à se poser est: « Entre qui? »

A coup de grandes campagnes de communication notamment grâce à son média phare créé pour l’occasion(Radio Okapi), la MONUSCO(Mission de l’ONU au Congo) tient à faire passer le subliminal message qu’elle serait neutre, ne faisant ni le jeu du gouvernement de Kinshasa, ni celui des rebelles étrangers ou locaux ainsi que des milices. Sauf compter sur la naïveté complète de la population, il est surréaliste qu’au 21ème siècle on puisse prétendre une telle posture. Comment être neutre dans une guerre qui dure depuis 15 ans et dont on connait les précurseurs, les belligérants et les buts poursuivis? Comment être neutre quand on a des accords dans les domaines militaires, sociaux, éducatifs avec le gouvernement en place? Comment être neutre quand on est installé de plein pied sur un territoire bien défini et que certains des combattants sont formellement identifiés comme venant des pays frontaliers? Il va de soi que les questions sur sa mission et son positionnement entretiennent le flou dans l’esprit des Congolais face à une situation qui non seulement empire mais dont l’issue semble totalement hors de vue.

Le Congo est déjà un pays ayant en son sein de multiples cultures et peuples avec autant de langues. Dans ce dédale multiculturel est venu s’ajouter un myriade de nationalité différentes qui compose la MONUSCO.  Sous couvert du sacro-saint « Maintien de la Paix » plus de 60 nations sont présentes sur le sol congolais dont seulement 1/4 sont des pays où la langue française est parlée mais ne constituant à proprement parlé que moins de 10% du contingent. Il en va de même pour l’aspect religieux ou l’on constate que plus de la moitié des effectifs sur terrain sont d’obédience musulmane. Ceci peut surprendre dans un pays dont langue officielle est le français et la chrétienté comme courant spirituel majoritaire. Si avec les officiels la communication se passe sans doute sans difficulté, on comprend que sur terrain ces indiens, pakistanais, bengalis, népalais et autres qui font le gros des troupes aient des difficultés à se « faire entendre » et faire passer leur message à ces populations qui ne demandent qu’à être débarrassés de ces combattants et criminels de tout bord. Nul ne doute que la participation de ces pays soit bénévole, ce qui entraîne de facto un sentiment de suspicion face à une coalition de « profiteurs » venus sécuriser la part qui leur est due pour « service rendu ». On pourrait aussi se demander pourquoi ramener sur le territoire congolais des ressortissants des pays qui chez eux ne sont même pas capable d’instaurer la paix qu’ils sont supposés mettre en place au Congo.

« Je t’aime, moi non plus » pourrait définir le type de relation qu’entretient la mission de l’ONU et le gouvernement congolais. D’un côté, l’Etat défaillant dans la majeure partie de ses prérogatives voit sûrement d’un bon oeil cette présence bien qu’elle soit la preuve de son inefficacité à régler les problèmes militaires et sociaux de la région. Car au delà de la présence militaire, la MONUSCO et les ONG qui tournent en orbite autour d’elle tentent non sans difficulté de rendre la vie des victimes de cette salle guerre moins amère en s’investissant dans de nombreux projets sociaux: dispensaires et soins gratuits, écoles, accès à l’eau, routes, médias, assistance aux réfugiés et déplacés, logistique électorale… et la liste est longue. D’un autre coté, le même gouvernement voudrait que la MONUSCO s’implique d’avantage dans la lutte militaire qui engage l’Etat congolais aux forces dites « négatives » qui pilulent à l’est du pays. La récente sortie médiatique du député Bababaswe les accusant de faire du tourisme au Congo en est la parfaite illustration. Las du statut d’observateur passif que se targe d’être l’ONU, lé député a mis le doigt là où ça fait mal en prétendant que l’ONU jouait un double jeu en ne prenant pas partie. Ce n’est pas la première fois que de tels frictions sont mises à jour. Les années passées ont vu tour à tour le ministre des médias Mende Omalanga ou des membres de la société civile s’en prendre ouvertement à la MONUSCO. A chaque fois que la crise monte d’un cran que ce soit à l’est ou dans toute autre partie du pays, les rapports plus ou moins corroborés par l’ONU ou ses agences essuient les critiques  virulentes justifiées ou non. Pour exemple, les nombreux rapports sur la crédibilité et les violences occasionnées par les dernières élections présidentielles et législatives n’ont toujours pas été digérés par la majorité présidentielle qui accuse cette mission d’avoir un parti pris évident.

On est désormais habitué à lire des rapports, les uns plus alarmant que les autres, sur la situation générale du Congo et produits pour la plupart par l’ONU, la MONUSCO ou ses organismes affiliés que ce soit sur le social, les droits de l’homme, la santé ou sur les conflits meurtriers.  Si dans le domaine de la santé, ces rapports sont très souvent suivis d’actions, il n’en est pas de même pour ce qui concerne les droits de l’homme et les zones de guerres. On s’empresse de dénoncer médiatiquement des faits d’exactions sans qu’il y ait d’accusations formelles. On fait des décomptes de morts et blessés en pointant des auteurs qui récidivent comme bon leur semble au nez et à la barbe de cette même force onusienne. Comment faire comprendre à une population à bout de souffle, meurtrie par tant d’années de guerre et d’insécurité que 19000 personnes armées pour la majorité et disposant d’une organisation conséquente ne mettent pas fin à cette incurie. Si telle n’est pas sa mission, alors le maintien de la paix ne l’est pas non plus. Plus de 10 ans après son arrivée, sa présence militaire est des plus floues et son bilan invisible et inaudible pour un peuple qui ne peut juger que par ce qu’il perçoit. A ce jour, on estime à plus de 4 millions le nombre de victime issu des conflits gangrenant les régions de l’Est depuis 1994.

La MONUSCO en quelques chiffres,

– Au Congo depuis 1999

– 19122 personnes dont 17057 militaires

– Budget annuel: $1,489,390,500

– 61 pays impliqués

– 41 morts déplorés

Mwana Yakala

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