Kinshasa, Kigali et M23, un pas de deux pour une danse à trois

Les présidents Kagame et Kabila, Kinshasa 07.2010

Par la voix de son porte-parole Mende Omalanga, le gouvernement congolais a enfin donné son avis sur les présumés combattants rwandais qui auraient infiltrés les FARDC(Forces Armées de la République Démocratique du Congo) dans les combats à l’Est posant ainsi le nouvel épisode de ce feuilleton qui dure depuis trois semaines et dont on n’a manifestement rien n’appris de nouveau. Ce qui est innovant c’est le fait que pour une fois depuis la fin de la deuxième guerre du Congo(1998-2003), Kinshasa accuse timidement Kigali d’y être impliqué.

Acte 1. Tout commence le 28 mai dernier par un article de la BBC se basant sur un rapport « prétendument fuité » de l’ONU dans lequel il apparaît qu’une dizaine de combattants du M23(mutins FARDC ex-CNDP) se seraient déclarés de nationalité rwandaise et auraient  été récrutés dans les villages proches de la frontière congolaise. Le gouvernement congolais faussement pris de cours va tempérer cette information encombrante pour ses relations avec Kigali en justifiant le fait qu’une enquête interne est en cours à ce sujet. Le Rwanda lui dément formellement toute implication dans ce conflit. Entre temps, deux semaines plutôt des personnalités de haut rang(ministres de la défense, de l’intérieur, Services de renseignement,…) des deux pays se sont rencontrés d’abord à Gisenyi(12.05) puis à Kigali(18.05) aboutissant à des accords de coopération militaire permettant au Rwanda d’avoir un oeil sur la frontière et même un peu plus loin dans le but de combattre les rebelles hutus du FDLR(Forces Démocratiques de Libération du Rwanda). L’opposition crie au scandale et invite les ministres de la défense et celui de l’intérieur à s’expliquer devant les députés. Au nom du secret défense, le président de l’assemblée nationale proclame le huis clos ce qui aura pour conséquence d’accroître la suspicion de connivence entre Kinshasa et Kigali.

Acte 2. (3 juin) Entre alors en jeu le HRW(Human Right Watch) qui « preuves à l’appui » accrédite les informations publiées par la BBC. Si ces derniers avaient joué la prudence en n’accusant pas directement le pouvoir de Kigali, l’organisation des droits de l’homme enfonce le clou en y impliquant directement des officiers de l’armée rwandaise. Ce qui aura pour conséquence de mettre en colère Kigali qui s’empresse alors de mettre toute ce déballage médiatique sur le compte de l’ONU et plus particulièrement la MONUSCO qui faute de résultats probants à l’Est du Congo se cherche un bouc émissaire pour justifier son échec. Kinshasa encore une fois se tait prétextant de ne pas vouloir envenimer les choses avant les résultats de son enquête conjointe avec le Rwanda.

Acte 3. (7 juin) Les choses prennent un peu plus de vitesse en troisième semaine quand l’Europe et les USA décident de venir en aide à Kinshasa dont la communication semble paralysée par les joutes médiatiques qui l’entourent et une population qui a de moins en moins confiance en son gouvernement. Publiant de façon quasi synchrone, les deux frères de la communauté internationale vont faire état de leur préoccupation face au climat délétaire qui s’installe entre Kinshasa et Kigali d’une part et entre Kigali et les institutions onusiennes. Sans accuser formellement le Rwanda, Washington et Bruxelles parlent d’appui extérieur évident et appellent à plus de coopération entre les pays concernés pour éviter l’escalade.

Acte 4. (9 juin) Finalement et à la grande surprise de congolais eux-mêmes, Kinshasa confirme les conclusions des deux précédents rapports en pointant directement le Rwanda qui est accusé de passivité sur son territoire en y ayant laissé faire le recrutement, l’entraînement et l’armement de plus de 200 soldats. La réaction de Kigali est immédiate. Elle recuse ses accusations qui l’impliquent dans les confilts de l’Est du Congo et regrette la sortie médiatique du Congo avant les conclusions de l’enquête conjointe.

Et maintenant? A y regarder de près, on pourrait se dire que finalement tout le monde a eu ce qu’il voulait. Les congolais qui ont toujours crié au complot et à la complicité de fait entre Kinshasa et Kigali croit voir en cette tardive déclaration un sursaut de conscience nationale de la part d’un gouvernement accusé de faire le jeu du Rwanda qui tente de s’approprier les riches terres de l’Est. L’ONU et HRW ont vu leur allégations confirmées par Kinshasa et la communauté internationale au grand dam de Kigali qui crie à l’imposture générale. La communauté Internationale qui ne veut pas être mêlée à cette folie meurtrière pense s’en être bien tirée en affirmant son soutien à Kinshasa face à un Rwanda qui envers et contre tous nie ce que l’on lui reproche. L’ONU allant jusqu’à déclarer que désormais elle se porte en soutien aux FARDC et que les opérations militaires sont et seront faites conjointement pour mettre fin à cette guerre. A l’heure où la prolongation de son mandat, qui se termine le 30 juin, se discute à New-York, ces derniers évènements tombent à propos. Reste le voisin Rwandais qui malgré que tout l’accuse s’en sort plutôt bien. Même si dans le conscient collectif, il apparaît comme l’instigateur du désordre embiant dans les deux Kivu, tout les rapports publiés ces dernières semaines ne présentent aucune preuve factuelle de l’implication du pouvoir de Kigali. Le premier fait état de rebelles rwandais aux côtés des mutins congolais, le deuxième précise qu’ils ont été recrutés sur le territoire rwandais et le troisième qu’ils y ont été entraîné et insinue un soutien logistique évident venant de l’autre côté de la frontière. Nul ne doute que les rapports des services de renseignements de tout ces intervenants doivent être beaucoup plus détaillés que ceux annoncés via les médias et qu’au delà des colères affichées, la diplomatie voit tout cela sous un ton plus calme. Dubitatif face un gouvernement que l’on a toujours soupconné de complicité avec « l’énemi », le peuple y croit…sans trop y croire et attend la suite…

Ceci dit, tout se déballage ne règle en rien la situation actuelle. Le général Bosco Ntaganda est toujours en cavale et son arrestation n’est quasi plus du tout évoquée comme objectif du côté des FARDC. Les mutins réunis sous la bannière du M23 résistent toujours autant aux assauts des forces restées loyales au pouvoir de Kinshasa. Les autres mouvements rebelles ainsi que les milices qui sévissent dans la région depuis plus d’une décennie profitent de ces mouvements militaires pour prendre des positions laissées vacantes par les FARDC. On avait cru à une petite révolte de soldats et on se retrouve comme dix ans plutôt avec les deux Kivu et la Province Orientale gangrénés par de nombreux conflits… L’histoire va-t-elle se répéter?

Mwana Yakala

Publicités
Cet article, publié dans Politique, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s