Kivu, M23, Rwanda: Kabila s’est expliqué…enfin presque

Dans une interview accordée à la presse nationale samedi 28 juillet et diffusé sur les chaînes locales, le président Kabila s’est enfin expliqué sur la situation que traverse le pays et plus particulièrement la région Est du Congo. Il aura fallu attendre plus d’une centaine de jours après le début de la crise du Nord-Kivu pour entendre le chef du pays concerné au premier plan donner son point de vue sur ce nouveau conflit qui déchire la RD Congo. On le sait très peu à l’aise des exercices médiatiques mais ce silence au sommet de l’Etat devenait non seulement embarrassant et a aussi donné au congolais la perception qu’en ce temps de guerre celui que la constitution désigne comme commandant des forces armées n’était pas à la barre de son navire ou pire, serait complice avec l’ennemi.

En quarante-cinq minutes face aux quatre journalistes invités, le président Kabila a répondu à une vingtaine de question tenant une posture tantôt décontractée tantôt plus concernée sans jamais laisser apercevoir la gravité de la situation auquel le pays fait face. A une question sur les différentes localités tombées dans les mains des rebelles, il répond tout aisément que que ce ne sont que des batailles perdues au cours d’une guerre. Peut-être n’a t-il pas pris en compte que derrière ces villes qui tombent il y des morts, des populations déplacées et des familles meurtries vivant sous la peur des prochaines attaques.

Sur le Rwanda, il déclare que leur présence est un « secret de polichinelle » faisant référence à un secret supposé mais connu de tous. Cette réplique qui pourrait mettre à son crédit son savoir de la culture française arrive malheureusement un peu tard et de façon maladroite car de secret il n’y en a plus depuis que son gouvernement a « validé » le rapport et les annexes produites par l’ONU et son groupe d’experts qui pointent le Rwanda voisin comme principal soutien et support logistique des rebelles du M23. Et s’il s’avère que durant tout ce temps, la présence des rwandais était connue « secrètement » ne fusse que par la partie congolaise, on pourrait se demander pourquoi avoir attendu si longtemps et la sortie du rapport onusien pour en faire une affaire d’Etat. La sécurité intérieure n’est-elle pas une priorité dans un tel climat et dans une région ou les conflits militaires n’ont jamais cessé depuis plus d’une décennie?

Manifestement, durant l’interview il aura essayé de faire comprendre que la stratégie du gouvernement s’appuie sur les axes militaires, diplomatiques et politiques sans préciser quel est son option prioritaire et tout en déclarant que les trois à la fois pourraient être utilisées en même temps. Manière agile d’avouer qu’il ne sait pas où il va et qu’il navigue à vue. Car pour l’instant si seuls les efforts diplomatiques sortent du lot, les deux autres options ont montré leur limite et leur inefficacité sur terrain. Pour le reste, rien de nouveau n’a filtré de cet exercice de communication tardif. Il n’a rien dit que l’on ne savait déjà et là où l’on s’attendait à une vue plus personnelle de la situation, il aura été vague et imprécis allant parfois jusqu’à se perdre bien loin des questions posées.

On retiendra que le président Kabila n’est pas un homme de dossier, il les maîtrise mal et ses explications approximatives en témoignent. Plus marquant, durant toute l’interview on n’aura aucune fois entendu parler du sort des populations qui subissent cette guerre. De l’aide, du soutien que leur apporte le gouvernement ou de leur avenir. Il n’en a pas parlé si ce n’est qu’il veut une paix durable dans cette région.

Pour finir, le chef de l’Etat devrait savoir qu’en ces temps difficiles et incertains, il est de son devoir de s’adresser avant tout au peuple et le plus tôt est toujours le mieux. L’intimité  de l’échange avec des journalistes renforce le détachement avec le peuple qu’on lui prête.      Son long silence manifeste aura rendu sa légitimité encore plus contestable tellement il semble donner l’image de mépriser cette population dont on prétend qu’elle l’aurait élu massivement.

Video de l’interview

Mwana Yakala

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