La RD Congo dans l’impasse, gagner ou arrêter la guerre de l’Est?

Tshibanda N’tunga Mulongo, Ministre des Affaires Etrangères de la R.D.C

Plus de quatre mois après le début de ce que le gouvernement croyait être une insurrection de quelques soldats véreux, le Congo est toujours en situation de guerre sur son front Est, principalement au Nord-Kivu. De rencontres bilatérales en sommets extraordinaires, aucune solution ferme n’a été trouvée pour mettre un terme au conflit qui l’oppose au M23. Sur le terrain, la situation militaire s’enlise, la crise humanitaire que vivent les kivutiens s’amplifie, politiquement rien n’avance.

Force Neutre

Kinshasa mise encore sur une probable option militaire en espérant qu’elle arrivera à mettre sur pied une «force neutre» internationale capable d’éradiquer les mouvements rebelles. Mais aujourd’hui, seul le gouvernement congolais y croit encore. Le sommet de Kampala(7-8 août) a été un échec dans ce sens où rien de probant sur cette force n’a été défini: forme, type, date de mise sur pied, financement…Il faudra attendre quatre semaines de plus pour que les ministres de la défense de la CIRGL s’y penchent. Le Conseil de Sécurité de l’ONU dirigé ce mois d’août par la France(qui a promis de soutenir la R.D.C au conseil en faisant condamner le M23) se montre aussi très sceptique sur la naissance de cette force dont elle trouve le processus de mise en oeuvre long et son financement très coûteux comme l’a souligné Gérard Araud lors de son point de presse du 10 août 2012.

(Dés)union politique

Au niveau national, c’est désormais la guerre d’empoigne entre la majorité au pouvoir et l’opposition. Se rendant compte qu’il ne peut plus s’engager tout seul, le président Kabila a convoqué samedi 4 août Le Conseil Consultatif  espérant réunir ainsi plusieurs personnalités de la nation dans le but de conseiller les institutions et qu’une solution rapide soit trouvée pour mettre fin à la crise de l’Est. L’opposition y a répondu du bout des doigts. Quelque uns s’y sont rendus, la plupart non. Quelques jours plus tard, le jeudi 9 août, c’est au tour du 1er Ministre Matata d’inviter les chefs des partis politiques toutes tendances confondues. L’opposition décline l’invitation et la réunion est annulée. Le lendemain, l’opposition se réunit et publie un communiqué sans véritable fond dans lequel elle explique que « seul le dialogue sincère et inclusif est le meilleur moyen pour résoudre cette crise multiforme dans laquelle le pays est plongé depuis novembre 2011 ». En clair selon elle, la guerre actuelle est un fait qui  s’ajoute aux autres crises créées depuis les élections contestées de novembre 2011.

Faut-il négocier?

A l’issu du sommet de Kampala et visiblement déçu du résultat, le Ministre des Affaires Etrangères Tshibanda a martelé devant la presse qu’il n’était pas question de négocier avec le M23.

« …Le gouvernement ne négociera pas avec les mutins du M23… Nous ne voulons pas qu’ils survivent en tant que mouvement, en tant qu’idéologie, nous ne voulons pas que leurs actions se poursuivent…« 

Les rebelles qui s’estiment en position de force, ne cessent quant à eux de demander un dialogue avec Kinshasa. Encore faut-il savoir sur quelle base et dans quel but va-t-on parler. Au départ les insurgés ne demandaient que l’application stricte et effective des accords du 23 mars 2009(d’où le nom M23) signés entre le gouvernement(représenté par Mr Tshibanda alors Ministre de la Coopération Internationale) et le CNDP(Congrès National pour la Défense du Peuple) qu’ils jugent n’avoir pas été respectés par Kinshasa. Fort de sa position militaire à l’Est, il va sans dire que le M23 demandera beaucoup plus que la simple application des accords de 2009. Le contrôle des Régions Militaires de l’Est, son entrée au gouvernement ou pire la chute de celui-ci? Il va sans dire que discuter ou négocier avec les rebelles serait un nouvel aveu d’échec pour le gouvernement qui a établi toute sa stratégie sur le fait que le M23 n’était qu’une émanation du Rwanda.

Sortir de l’impasse

Entre l’accord de principe sur la «force neutre» signé le 15 juillet à Addis-Abeba et la prochaine réunion des ministres de la défense de la CIRGL en septembre, il se sera alors passé déjà deux mois. Combien de rencontre faudra-t-il au gouvernement pour se rendre compte que son idée n’est pas faisable? Les options militaires et diplomatiques n’ayant pas donné les résultats escomptés et à moins de s’entêter, Kinshasa n’aura plus d’autre choix que d’entamer officiellement ou pas un processus de dialogue avec les rebelles. Il ne restera qu’à choisir le ton que l’on veut donner à ces entrevues: négociation, pourparlers, discussion, concertation, tractation,… Le terme choisi déterminera la position des deux interlocuteurs sur l’échiquier.

©Wakati Yetu

Publicités
Cet article, publié dans Politique, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s