Affaire Diomi: Un mauvais scénario pour acteurs sans envergures

  

Diomi Ndongala le soir de sa réapparition

105 jours se sont écoulés entre la disparition du député Diomi Ndongala(27/06) et sa réapparition dans la nuit du 10 au 11 octobre 2012 vers une heure du matin. Arborant une barbe hirsute et un regard dissipé, il met ainsi un terme aux nombreuses rumeurs qui le donnait mort ou exilé. Cavale pour le gouvernement, enlèvement pour ses proches, on pensait que son retour donnerait une réponse à cet invraisemblable affaire; malheuresement, on est loin du compte.

Le décor

L’histoire commence par une lourde accusation. Un jour avant sa disparition, Diomi Ndongala est accusé de viol sur deux filles mineures appartenant à la même famille. S’en suit l’ouverture par le parquet d’une enquête qui va mener dès le lendemain la police scientifique dans les bureaux du député pour investigation où elle aurait mis la main sur plusieurs préservatifs, des fortifiants et du matériel pornographique. Le procureur général de la république Kabange Numbi qui donne cette version des faits est déjà à la recherche d’un fugitif.

Ce mercredi 27 juin, le député Diomi a selon ses proches rendez-vous à la Cathédrale Notre Dame du Congo avec une quarantaine de partis politique de la plate-forme qui soutient la victoire présumée de Tshisekedi wa Mulumba aux dernières élections présidentielles, la MPP(Majorité Présidentielle Populaire), pour signer la charte qui donne officiellement vie à  ce groupe de l’opposition. Dans la soirée, la DC(Démocratie Chrétienne), parti dont Diomi est le président publie un communiqué annonçant la disparition du député. On ne l’a pas vu à la cathédrale et personne ne sait où il est.

Pendant que l’accusation du procureur fait déjà le tour des médias, le camps Diomi évoque son enlèvement probable par les services de sécurité dans le seul but de tuer dans l’oeuf la MPP. L’affaire du viol présumé serait une cabale montée de toute pièce pour nuire à sa personne.

La foire aux rumeurs

Au lendemain de cette soudaine disparition, les deux camps vont pendant trois mois se partager les rumeurs sur sa cavale pour les uns, son enlèvement pour les autres.

Pour le gouvernement, Diomi est tout simplement en fuite et espère ainsi éviter la peine de 20 ans de prison qui l’attend à l’issu d’un procès pour viols sur mineures. Si ce n’est pas sa famille qui le cache, c’est son parti, sa plate-forme politique, ses amis,  ses réseaux etc… On ira jusqu’à l’imaginer en Italie(pays d’où sa femme est issue et où il a fait des études supérieures). Contexte sécuritaire aidant, on le croit à l’Est du Congo, en Ouganda ou au Rwanda, bref partout où une image néfaste peut lui être collée. Le pays étant agressé, le raccourci est vite fait entre la traîtrise ou la complicité.

Dans le camps Diomi, on n’est pas avare de surenchères. Tour à tour, le disparu aurait été vu ou aperçu à l’ANR(Agence Nationale de Renseignements), dans différents camps militaires, dans des résidences privées, dans un cachot secret ici et là. Il serait très malade, parfois même mourant. Interrogatoires musclés, tortures, sévices corporels, mauvaise alimentation, pour finir on le donnera mort et pour les plus optimistes agonisant encore au fond du geôle. On fait vite de faire le rapprochement entre le cas Chebeya et le sien, l’occasion s’y prête bien. En même temps, on ne sait rien, on n’a jamais eu de nouvelles depuis sa disparation clament ses proches… Presse, ONG locales et internationales sont mises à contribution, on recherche à la fois un prisonnier d’opinion, un malade et peut-être un martyr.

L’alibi et le bouc-émissaire

Annoncé,  hésitant, la présence ou non du chef de l’Etat français au sommet prévu à la mi-octobre va cristalliser les opinions sur la question des droits de l’homme. Sa venue aurait été conditionnée par l’état des progrès des reformes sur la loi électorale et les droits de l’homme, notamment le procès Chebeya. A une semaine du sommet, la pression va monter d’un cran quand François Hollande qualifiera la situation au Congo d’inacceptable en matière des droits de l’homme, de la démocratie et de la reconnaissance de l’opposition. Du pain béni pour les opposants à Kabila. Dans la foulée, Amnesty International publie un communiqué de presse(10 octobre) dans lequel elle fait part du flou qui entoure la disparition du député Diomi et celle de René Kahukula, un défenseur des droits humains et demande au gouvernement d’y mettre fin. Le 11 octobre vers 1h du matin, Diomi Ndongala refait surface. Il est en vie et libre de ses mouvements.

Le temps des questions

Dans d’autres circonstances, on aurait dit « Tout est bien qui fini bien ». On éviterait par cette formule de se poser d’interminables questions gênantes, d’avoir des doutes ou pour les plus partisans d’être tout simplement déçus.

Il y a trois affaires dans l’histoire, le viol présumé sur mineures, la disparition et le retour du député Diomi.

Le viol

Pour Mende Omalanga, le porte-parole du gouvernement et Minaku le président de l’assemblée nationale qui se sont exprimés publiquement, il n’est fait aucun doute sur la culpabilité du député. Diomi se serait planqué pour éviter d’être poursuivi par la justice et aurait réapparu à l’aube du sommet de la francophonie dans le seul but de jeter l’opprobe sur le pouvoir en place. Quand au procureur qui instruit l’affaire, il ne se prononce pas sur l’étrange disparition mais demande à l’assemblée nationale de lever son immunité afin d’être entendu.  Diomi lui a une toute autre version qui ne tient pas du tout compte de ces accusations de viol. S’il a disparu, c’est tout simplement parce que le pouvoir en place aurait voulu le faire taire, l’éliminer physiquement. Les deux filles, les accusations de viols, il n’en n’a eu vent qu’à sa «libération» prétend-t-il. A entendre la version des faits tels que racontés par le procureur devant les députés, on accorderait volontiers du crédit à Diomi tellement l’histoire ne tient pas debout, sa véracité ne reposant que sur le seul récit du père des enfants qui n’a rien vu mais a tout supposé et du témoignages de ses filles. Pas de flagrant délit et des preuves qui frisent la rigolade(préservatifs dont certains auraient servis alors que le viol est supposé avoir été commis une semaine avant, une trentaine de films pornographiques, calmants et exitants sexuels). La seule chose exploitable à ce niveau est le type de relation qui pourrait lier Diomi Ndongala à ces deux jeunes filles si il les connaissaient.

La disparition

Aussi rocambolesque qu’est le viol présumé, l’absence pendant trois mois du député est pleine de zones d’ombres et Diomi est bien peu bavard sur les détails. Il se rendait à une importante réunion politique quand il prétend avoir été enlevé «sur la route qui mène au camp Kokolo». Comme par hasard, il était seul ce jour-là, pas de chauffeur, pas d’accompagnateur donc personne pour corroborer son récit. L’endroit où ce serait passé l’embuscade était-il si désert que ça pour qu’il n’y ait aucun témoin oculaire? Qu’est devenu son véhicule? Et son GSM(ses GSM) pourtant si facile à tracer(ex: affaire Lumbala). Sur ce point, ni lui ni le gouvernement n’ont encore avancé leur pions. Sur les endroits où il aurait été séquestré, rien n’à mettre sous la dent si ce n’est une fois des chants d’oiseaux et des bruit d’eau qui lui aurait fait penser à Kinkole. Durant sa disparition, ses proches ont évoqué son faible état de santé nécessitant des soins urgents. A-t-il été suivi en détention? A-t-il rencontré des médecins? A ce titre a-t-il eu un régime alimentaire approprié? Quels étaient ses conditions d’hygiène, comment se lavait-il, et ses vêtement? Ses premiers témoignages rendus publics ne nous donnent aucune réponse là-dessus.

Le retour

Libération pour les un, fin de cavale pour les autres, ici aussi c’est le flou absolu. Bref cela se serait passé en pleine nuit «sur la route de Matadi vers l’Ecole Supérieure Militaire». Encore une fois aucun témoin oculaire. Compte tenu de sa longue absence et des conditions probables d’une telle détention, on se serait attendu à découvrir un homme très amaigri, couvert d’échymoses et fort affaibli. A vrai dire à part la barbe qu’il affiche, le reste n’est pas évident. Se trouvant trop faible pour monter à l’arrière d’une moto, il a quand même marché près d’une heure avant d’arriver chez lui tout seul. D’autres auraient fait le contraire, mais bon… Il faut espérer que les médecins qui l’ont examiné dès son retour donneront des détails sérieux sur son état. On l’aurait interrogé plusieurs fois seulement sur les ambitions politiques de l’opposition et parfois avec violence. Et le reste du temps, que faisait-il? A-t-il eu pendant trois mois constamment les yeux bandés? Il n’a vraiment rien vu d’autres?

La suite

Pour la justice qui prend un ton très gouvernemental, son cas doit d’abord se régler à l’assemblée nationale ou la levée de l’immunité se discute au sein d’une commission spéciale crée à cette effet. Un premier ultimatum de 24 heures lui a été assigné le 17 octobre pour venir s’y défendre mais comme le hasard fait bien les choses, le député Diomi s’est fait porter malade le lendemain et a subi une opération chirugicale(prévue de longue date ou conséquente au mauvais traitement de sa détention?). Décidement lui et la justice jouent au chat et à la souris mais finiront tôt ou tard par se rencontrer.

Son conseil a déclaré que le député Diomi porterait plainte contre ses agresseurs devant cette meme justice pour enlévement et séquestration arbitraire. Mais qui va-t-il accuser? Des hommes portant des tenues militaires? Ne sachant reconnaître personne et encore moins les lieux, une telle plainte n’a pas grand poids et ne fera sûrement pas longue route.

Le plus surprenant et non moins anécdotique détail de cette affaire est que Diomi Ndongala est actuellement protégé par un parlement dont lui-même n’en reconnaît pas la légitimité et veut porter plainte devant une justice qu’il juge inexistante ou à la solde du pouvoir en place. Allez-y comprendre quelque chose…

©WakatiYetu

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