Goma: A-t-on franchi le « Rubicon »?

La récente réunion des chefs d’Etat à Kampala n’a pas dérogé à la règle des six précédents sommets de la CIRGL. Une déclaration finale(à lire ici), des résolutions, des décisions censés être la solution ultime à la crise de l’Est du Congo avant d’en convoquer une énième qui suivra le même schéma. Chacune d’elles ont pourtant leur particularité et la dernière en date intervient après la chute de Goma, ville symbole marquant un pas important dans la guerre qui oppose sur le terrain les FARDC et le M23.

«Goma ne tombera pas… Nous ne négocierons jamais avec les rebelles…» a toujours clamé le volubile porte-parole du gouvernement Mende. Depuis mardi 21 novembre, les lumières de son spectacle médiatique quasi hebdomadaire se sont éteintes laissant place à un profil plus conciliant avec la réalité. Dans un sursaut d’honneur, il annoncera au cours d’un point de presse hâtivement organisé dans la soirée du 23 novembre, la reprise par les FARDC de la localité de Sake au nord-ouest de Goma sans savoir qu’au moment où il parlait, l’armée battait déjà en retraite vers Minova sur la route de Bukavu. De son côté, contraint de reconnaître son échec militaire et diplomatique, le président Kabila n’a pas eu d’autre choix que d’envisager une issue politique à la crise.

Réunis entre mardi 21 et jeudi 23 novembre à Kampala, les présidents Museveni, Kagame et Kabila ont annoncé dans un communiqué conjoint que les requêtes jugées légitimes du M23 devaient être examinées par le gouvernement congolais et ont demandé aux rebelles de mettre fin à leur expansion dans les Kivu. Si on ajoute à cela la suspension tardive du général Amisi Kumba, chef d’Etat-major des forces terrestres et numéro deux de l’armée pour trafic d’armes avec des groupes rebelles, on obtient le summum de l’humiliation à la tête de l’Etat. Le président Kabila donne désormais l’impression d’un chef qui ne contrôle plus rien, même pas ses collaborateurs de premier plan.

Cette imprévisible semaine se termine dans un bourbier. A l’issue de l’ultime réunion de la CIRGL, il a été décidé que Kabila et son gouvernement devront examiner, évaluer et donner suite aux demandes du Mouvement du 23 mars 2009(M23) à qui il a été précisé de quitter Goma(endéans les 48 heures) en se positionnant au moins à 20 km de la ville. En plus, ils pourront conjointement avec une «Force Neutre» qui n’existe pas encore et leur ennemi FARDC contrôler l’aéroport de Goma. Une sorte de reconnaissance de fait étant donné qu’il s’entend que l’on ne peut mettre côte à côte une armée régulière et un mouvement dit «rebelle». La MONUSCO reçoit elle le devoir d’occuper la nouvelle «zone neutre» qui devrait de facto se créer entre Goma et la position qu’occuperont désormais les rebelles s’ils se retirent de la capitale du Nord-Kivu. En somme, en attendant de mettre un terme à la crise, on partage ce territoire en deux.

La surprise vient à la fin et s’avale difficilement. Accusés avec l’Ouganda par les rapports de l’ONU et l’administration Kabila d’être les maîtres à penser ou pire les créateurs du M23, c’est au chef d’Etat-major de la défense rwandaise gentiment associé à celui du Congo(pour ne pas faire de jaloux), qu’il revient de superviser cet inextricable processus. Le tout sous le bon oeil de leur homologue ougandais avec la participation pas réellement nécessaire et encore moins souhaitée des autres pays membres de la CIRGL.

A ce stade, bien malin celui qui couchera sur papier blanc l’épilogue de cette pièce qui se joue sur plusieurs scènes. A Kinshasa et ailleurs dans le pays, la réputation de Kabila et son régime est sérieusement entamée. Celui que l’on présente à coup de propagande comme le garant de la nation a manifestement failli à son devoir. Le commandant suprême des Forces Armées(FARDC) a conduit ses soldats dans les bras de l’ennemi et le chef de l’Etat, capitaine d’un navire qui dérive est tout simplement absent, transparent. Que peut-on «négocier» quand on n’a plus d’armes et que son sort dépend de ses voisins ou de la communauté internationale? Le M23 franchement impopulaire dans la grande majorité des  congolais ne semble pas vouloir se retirer de ses positions acquises sans le dialogue inclusif(opposition, diaspora, …) qu’il demande au président Kabila. Qui du gouvernement ou des rebelles fera la premier pas, les pourparlers précéderont-ils le retrait de Goma ou le contraire?

Entre le voeux de ne pas perdre toute les batailles et celui d’en finir avec cette longue crise, il y aura eu Goma…avant et après!

@WakatiYetu

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