Force Internationale Neutre: L’invisible armée

Des officiers de la CIRGL de l'Equipe Militaire d'Evaluation le 22/09 à Goma© Charly Kasereka, L'actu du Kivu

Des officiers de la CIRGL constituant l’Equipe Militaire d’Evaluation le 22/09 à Goma
© Charly Kasereka, L’actu du Kivu

Annoncée comme étant l’ultime solution par le gouvernement congolais pour mettre fin à l’incurie militaire qui sévit à l’Est, la mise en place d’une «Force Internationale Neutre»(FIN) telle que décidée lors du sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CIRGL(Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) à Addis-Abeba le 15 juillet 2012 se fait toujours attendre. Plus de sept sommets régionaux et autant de réunions intermédiaires n’ont jusque là pas encore trouvé les moyens de rendre cette force d’intervention opérationnelle.

La mission

« Eradiquer le M23, les FDLR, ainsi que toutes les autres forces négatives opérant dans l’Est de la RDC et assurer le contrôle et la sécurisation des zones frontalières»

L’objectif paraît clair et la résolution de la CIRGL qui demande que son établissement soit immédiat l’est tout autant. Par contre, l’évolution de la situation à l’Est a rendu cette  mission, du moins une partie, complètement obsolète. Sur le terrain, le M23(Mouvement du 23 mars) a pris le dessus sur les FARDC et avancé ses positions jusqu’à prendre la ville de Goma, forçant par cette occasion le gouvernement de Kinshasa à accepter un «dialogue» sous l’égide de la CIRGL à Kampala. Comment dès lors imaginer opposer une force fusse-t-elle neutre à un interlocuteur dont on estime les revendications légitimes sans provoquer une escalade des tensions? Il est plus que probable que cette force d’intervention ne soit pas effective tant que les discussions en cours en Ouganda n’aient donné un verdict sur la place du M23 sur l’échiquier national.

Les moyens

Prévue pour être déployée sous le mandat des Nations Unies(ONU) et de l’Union Africaine(UA), l’établissement de la dite force ne rencontre en réalité que très peu d’engouement de la part de ceux censés la y contribuer. Estimée à 4000 hommes pour un coût annuel de USD 100 millions, les contributeurs se font discrets.

L’ONU a déjà au Congo plus de 17000 hommes en armes depuis une douzaine d’année et malgré un budget de USD 1,5 milliard, elle n’a pas réussi à maintenir la paix comme le stipule sa mission. Quant à l’UA déjà empêtré dans plusieurs conflits régionaux(Mali, Soudan), elle n’a en réalité plus de ressources pour financer une nouvelle intervention sur le continent.

Il faut attendre le sommet de Kampala du 8 septembre pour que la Tanzanie seule promette de mettre à la disposition de la CIRGL un bataillon pour constituer la Force Neutre. Depuis lors, seul le Zimbabwe qui lui appartient à la SADC(Southern African Development Community) a annoncé faire de même dans une récente déclaration du président Mugabe.

Pour ce qui est du financement, les caisses sont désespérément vides. La République Sud-Africaine a fait part de son souhait d’apporter une aide logistique et le gouvernement de la RDC a annoncé disponibiliser près de USD 20 millions. A part cela  rien d’autre à se mettre sous la dent. Soutenant cette option du bout des lèvres, les partenaires et bailleurs de fonds de l’UA ont a plusieurs occasions souligner le caractère coûteux d’une telle opération, préférant un dénouement diplomatique ou politique à la crise.

Les contributeurs

Les pays de la CIRGL ayant montré si peu d’engouement depuis cinq mois à proposer leur service à la FIN, cette force risque, si elle voit le jour, d’avoir à peine le quart des effectifs souhaités.

Pour ne pas être juge et partie, la RDC et le Rwanda ne peuvent évidemment pas en être membres. Partant du même principe, il va de soi que l’Ouganda accusé(tardivement) lui aussi d’être impliqué dans le conflit ne fournisse pas de soldats. On pourrait dans le même cas de figure ajouter à la liste le Burundi qui est soupçonné d’incursions répétées au Sud-Kivu sous le prétexte de combattre des rebelles hostiles à Bujumbura. Et si on tient compte des tensions récurrentes entre les deux Soudan, il ne reste plus grand monde au sein de la CIRGL ayant les moyens de mettre à disposition hommes et argent pour faire le travail que les FARDC et la MONUSCO peinent à exécuter depuis plus d’une décennie.

Ceci dit, le ministre ougandais de la défense, le Dr Crispus Kiyonga cité dans le quotidien en ligne New Vision a déclaré que dix pays de la CIRGL avaient donné leur accord pour participer à la constitution des 4000 soldats nécessaires à la mission et de désigner: «Angola, Namibie, Congo Brazzaville, Sud Soudan, Rwanda, Tanzanie, Kenya, Zambie, Ouganda, Burundi et la RDC». Liste plutôt étonnante vu que l’on y retrouve tous les belligérants et même si on devrait faire la différence entre une contribution indirecte(financement, logistique, …) et l’apport réel en hommes, ce mélange des genres reste peu compréhensible.

A quand son implémentation?

La mise en oeuvre d’une telle opération répondait au mois de juillet à une urgence face à la montée en puissance des forces négatives à l’Est du Congo, stigmatisée principalement par le M23 et les FDLR(Forces Démocratiques de Libération du Rwanda). Un mois plus tard, il a été demandé à un sous-comité de la CIRGL constitué des ministres de la défense(Angola, Congo, RDC, Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie) de fournir les détails pour son opérationalisation.

En septembre, le sous-comité a été élargi aux autres membres de la CIRGL avec pour mission l’opérationalisation effective de la force endéans les trois mois.

A l’issue du dernier sommet de la SADC organisé en Tanzanie le 8 décembre, le président Kikwete a fait savoir qu’une partie du contingent promis à la CIRGL serait prêt et disponible dès le 14 décembre. Des troupes qui devraient aux côtés des FARDC et du M23 contrôler l’aéroport de Goma suite à la décision prise le 24 novembre au sommet extraordinaire de la CIRGL survenu au lendemain de la prise de la ville par les militaires du M23. A ce jour, aucun soldat tanzanien n’a officiellement foulé la terre du Nord-Kivu.

Bien que le président Kabila l’ait rappelé encore une fois lors de son discours sur l’état de de la nation, l’arrivée de la FIN reste un mystère. Au vu de l’actualité, il est peu probable que cette force soit implémentée dans ses objectifs originaux. Le manque d’argent et d’hommes disponibles pour sa constitution pose un premier problème. L’omniprésence du Rwanda et de l’Ouganda sous couvert de la CIRGL dans les discussions de son élaboration rend son efficacité peu crédible et l’amorce des discussions entre le gouvernement congolais et le M23 tend à faire ressortir une solution politique souhaitable pour tous et moins coûteuse au lieu d’un plan militaire qui à la longue pourrait entraîner une escalade des conflits entre la multitude des hommes en armes(FARDC, MONUSCO, FIN, M23, FDLR, Maï-Maï,…) présents dans cette région.

Utile, nécessaire, appropriée ou pas assez, il faut en tous les cas, éviter que l’Est du pays ne retombe dans un chaos sans fin tant on n’a pu constater qu’entre ce qui se décide dans les salons feutrés et ce qui se passe réellement dans les Kivu, le fossé s’agrandit de plus en plus.

©WakatiYetu

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