Dialogue inter-congolais, le prix de la cohésion nationale?

Le président Kabila face au congrès le 15/12//2012 "L'état de la nation" ©presidentrdc.cd

Le président Kabila face au congrès le 15/12//2012 « L’état de la nation »  ©presidentrdc.cd

Si l’on s’en tient à ses deux derniers discours, nous devrions déjà apercevoir les prémisses du «cadre approprié» censé abriter les échanges entres les forces vives de la nation en vue d’œuvrer à la (re)construction de la cohésion nationale.

«Une initiative sera prise incessamment à cet effet et les modalités de sa réalisation en seront précisées le moment venu» avait annoncé le président Kabila le 15 décembre 2012 lors de son discours sur l’état de la nation.

Quinze jours plus tard, dans son message de voeux de fin d’année, il ira un peu plus loin en rajoutant «… Je confirme l’organisation dès le début de l’année 2013, d’un cadre pour les échanges entre toutes les forces vives de la nation». Au 31 janvier, force est de constater que ce vœu pieux est loin de prendre forme. Le sera-t-il un jour?

Quand Kabila lance cet appel de détresse, le dialogue de Kampala qui réunit le gouvernement et les rebelles du M23 a déjà commencé depuis quelques jours et de toute évidence paraît mal embarqué. L’opposition politique pour des raisons tout à fait discutables a refusé d’y prendre part et la société civile n’y est représentée qu’à minima en tant qu’observatrice par des citoyens du Nord et Sud-Kivu. Au même moment, à l’assemblée nationale, les immunités parlementaires de deux députés de l’opposition, Diomi et Lumbala sont menacées et finalement levées, certes pour des raisons différentes et justifiées, mais juste assez suffisantes pour creuser le fossé déjà profond entre la majorité et l’opposition d’une part, la population et ses dirigeants d’autre part. Le Sénat et l’Assemblée Nationale clôtureront leur deuxième session parlementaire par différentes mésententes sur des sujets aussi important que la restructuration de la commission électorale et le budget de l’Etat.

Un divorce visible depuis les élections chaotiques et contestées de novembre 2011 qui s’est accentué durant la guerre contre le M23 pour laquelle le président Kabila est à tort ou à raison soupçonné de complicité, mais aussi d’incompétence tellement la débâcle des forces armées a été patente.

Le «cadre approprié» doit notamment tenir compte des participants probables à cette réunion et à son contenu. En invitant «toutes les forces vives de la nation», Kabila tente maladroitement et sans conviction d’ouvrir la porte d’une conférence nationale bis qui comme on le sait n’est jamais bénéfique pour le pouvoir qui l’organise. Tout de même prudent, son discours tente de limiter les discussions au simple déchirement qui découlerait de la situation conflictuelle de l’Est de la république. Sans cette délimitation, il encourt en effet le risque de voir s’étaler sur la place publique toutes les frustrations, rancœurs et attentes(social, économie, défense, justice, …) accumulées depuis que son père et lui sont au pouvoir. Ce que sans le cacher souhaite l’opposition depuis son revers aux dernières élections générales dont elle a toujours contesté les résultats et la légitimité des institutions qui en découlent.

Dans cette ambiance de suspicion et de manque de confiance mutuelle, il sera tout aussi difficile de choisir un lieu et un facilitateur «neutre».  Si pour la majorité au pouvoir, l’autorité morale du chef de l’Etat ne fait l’objet d’aucune contestation, il n’en n’est pas de même pour l’opposition qui accuse Kabila d’être le premier à diviser le pays et ne peut donc être dans un tel forum, juge et parti. Même si l’idée ne plaît guerre à la plupart des congolais, un lieu et un modérateur étranger sont souvent évoqués par les plus pessimistes.

La cohésion nationale ne se décrète pas mais se construit avec le temps et est le fruit des actions réussies sur lesquelles une nation se repose. En ce sens, Kabila a encore du bois à couper car on ne lui reconnaît à ce stade aucune réussite probante depuis que le pays est en eaux troubles. La population vit de plus en plus misérablement et le débat politique ressemble à s’y méprendre à celui de l’époque de Mobutu privant le citoyen de toute cohésion qu’elle soit autour de l’autorité que représente le chef de l’Etat ou d’une cause fédératrice telle que les successives guerres de l’Est dont le pays est l’objet depuis des années.

Le temps passe, les problèmes du pays s’accumulent et deviennent de plus en plus complexes rendant hypothétique l’organisation d’un tel dialogue. Mais si le président Kabila ne tient pas sa parole tôt ou tard,  il ne fera qu’ajouter une pierre supplémentaire au mur des nombreuses promesses non tenues au risque de définitivement l’éloigner du citoyen et de rendre l’appareil politique encore plus invivable. Mais comment mettre sur pied une telle rencontre alors que celles en cours pour trouver une sortie à la crise de l’Est piétinent?

Dialogue inter-congolais, conférence nationale, table ronde, états généraux, débat ou échange national, quelque soit le nom donné à ces discussions, il est plus que nécessaire qu’elles aient lieux et le plus tôt sera le mieux.

On notera tout de même et de façon anecdotique que la participation de l’équipe nationale de football « Les Léopards » à la phase finale de la  Coupe d’Afrique des Nations en Afrique du Sud a réveillé et révélé un réel sentiment de cohésion nationale. Mais le manque de victoire et son échec prématuré ont malheureusement aussitôt replongé le congolais dans ses tourments. Preuve si il en est que l’unité et la cohésion d’un peuple apparaissent naturellement quand la réussite est au rendez-vous.

©WakatiYetu

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