Tshisekedi en Afrique du Sud, un voyage au bout de l’inconnu

Tshisekedi à son arrivé à Johannesburg le 20.02 ©

Tshisekedi à son arrivé à Johannesburg le 20.02 ©

Depuis le 20 février, une certaine presse plutôt favorable à l’opposition et plus particulièrement à l’UDPS(Union pour la Démocratie et le Progrès Social) a fait état dans ses grandes lignes du départ de l’opposant le plus populaire de la république, Tshisekedi wa Mulumba vers L’Afrique du Sud. Que des membres de l’opposition politique voyagent n’a rien d’extraordinaire et ne mériterait sûrement pas de faire la une d’un journal, sauf que là, il s’agit de la toute première sortie du leader de l’UDPS hors de Kinshasa depuis les élections de novembre 2011.

Arrivé à Johannesburg par un vol régulier de la South African Airways, l’accueil chaleureux que lui a réservé les militants et sympathisants s’est finalement soldé par une frustration sans équivoque quand le service entourant Tshisekedi a formellement interdit tout interview. Et à part son signe légendaire des deux doigts en V accompagné d’un sourire enthousiaste, aucun mot même de remerciement n’est sorti de la bouche de l’illustre voyageur à l’égard de la cinquantaine de personne venu le saluer à l’aéroport. Non pas qu’il ne voulait pas, mais visiblement, il ne le «pouvait pas».

Du but de son voyage, on aura tout entendu sauf la véritable raison. La plus répandue étant celle, selon laquelle, Tshisekedi aurait été invité par la Brenthurst Foundation, un think tank sud-africain basé à Johannesburg dont le but est de renforcer les économies africaines par des idées neuves et des actions innovantes. Le leader de l’UDPS devrait y développer¹ selon les uns, une réflexion sur « Le rôle des armées africaines à l’ère de la démocratie » et pour d’autres participer à une « conférence sur le devenir de l’Afrique ». Et pour consolider l’idée de l’importance de sa présence, les mêmes médias iront jusqu’à associer la notoriété de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo et des parlementaires sud-africains(sans citer de nom) comme autres invités de marque à la dite conférence.

Pour continuer dans l’irréalité et le fantasme, il aura suffi de lire les publications du 22 février pour comprendre que tout cela n’a ni tête, ni queue. On y trouve pêle-mêle ceux qui prétendent que Tshisekedi s’est adressé la veille(le 21.02) avec succès devant un parterre d’illustres personnalités et d’autres qui annoncent que cette même conférence aurait ouvert ses portes le 22/02.²

L’ambiguïté se poursuit quant au lieu où devrait (ou se serait déjà) se dérouler la réunion.  Confondant sûrement le nom donné au forum annuel de la fondation «The Tswalu Dialogue» avec l’entité touristique du même nom située dans le Kalahari(Nord-Est de la R.S.A.) et où s’est justement tenue la première réunion du groupe, les journaux ont tour à tour situé la conférence soit à Tswalu, soit à Johannesburg ou à Pretoria.³

Un coup de téléphone à la Brenthurst Foundation aura suffi à mettre en lumière toute la supercherie médiatique largement diffusée par certains médias kinois. Si le nom de Tshisekedi ne leur ai pas inconnu, il n’en est rien d’une sois-disant invitation qu’on lui aurait faite pour une probable réunion, conférence ou colloque à titre privé ou publique. Quant à la dite conférence, elle ne figure tout simplement pas dans l’agenda du mois de la fondation en question. Parlant de l’ex président Obasanjo, il recevait le 20 février avec Jerry Rwalings à Brazzaville, les honneurs de Sassou N’Guesso au nom de l’organisation des Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA). Par ailleurs, sa fondation a confirmé qu’aucune de ses activités n’était prévue en Afrique du Sud ces derniers jours.

Finalement, de son arrivée silencieuse à la conférence factice, les commentaires sur son déplacement en Afrique du Sud montrent à quel point l’UDPS et ses dirigeants sont seuls et vivent en vase clos. Officiellement dépouillé de tous ses députés depuis qu’ils siègent à l’Assemblée Nationale, le parti n’est désormais audible que pour les déboires qui touchent ses membres: querelles internes, éviction ou radiation des uns, faits divers pour les autres. L’implication d’un des membres dans la saga du «Traité de Nice» et ses liens avec les ex-FAZ arrêtés en Angola en novembre 2012 n’a fait que rajouter un élément de plus dans le sentiment de dispersion que prend cette formation politique.

Les militants dont les plus radicaux appelés « combattants » sentent de plus en plus l’homme « leur échapper ». Après les chaotiques élections de 2011, ils ont attendu en vain un «mot d’ordre» pour lancer la «révolution et la reconquête du pouvoir» et c’est plutôt le silence flegmatique de Tshisekedi qu’ils ont eu en réponse.

La presse est plus à plaindre qu’autre chose. Partisane sans doute, elle a dans le cas présent fait preuve d’une liberté de ton frisant la flagornerie en attribuant à Tshisekedi une certaine expertise du à son vécu sur les armées africaines et leur impact sur la démocratie. Utilisant les sacro-saintes expressions d’usage tels que « …de sources sûres, proches du parti ou selon des sources crédibles…« , elle a d’autant plus fait preuve d’une légèreté telle que, les auteurs de ces articles sont plus à considérer comme des communiquants au service d’un parti ou d’un homme politique que des journalistes ayant le souci d’informer objectivement. Les uns ayant simplement répété ou réécrit les éditions des autres sans procéder à un minimum de vérification ou de critique.

Ceci dit, qu’est donc allé faire Tshisekedi en Afrique du Sud au moment où le pays semble être à la croisée des chemins, entre les pourparlers de Kampala qui se terminent, la signature d’un accord-cadre avec l’ONU censé pacifier l’Est et la préparation d’un périlleux dialogue national annoncé par Kabila? Au sein du parti, personne ne veut se mouiller en donnant l’objet de sa présence en terre sud-africaine mais vu que la durée de son périple n’a pas été communiquée, on peut s’avancer sans se tromper que le leader de l’UDPS profitera de son séjour qui est loin d’être court pour rencontrer ses «amis» médecins…

©WakatiYetu

¹. Le Phare, DirectCD (édition du 21.02), Le Potentiel (édition du 22.02), Culture   Congolaise.com (édition du 21.02)

². La Prospérité-Forum des AS (édition du 22.02), Le Potentiel (édition du 22.02), Culture Congolaise.com (édition du 21.02)

³. RFI(édition du 23.02), DirectCD (édition du 21.02), La Prospérite-Le Potentiel (édition du 22.02)

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