Accord-cadre d’Addis-Abeba: Le premier des prochains accords

Les signataires de l'accord-cadre d'Addis-Abeba, 24.02.2013

Les signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, 24.02.2013 ©UA ¹

Attendu tel un «best-seller» depuis le mois de janvier et le premier rendez-vous manqué d’Addis-Abeba, l’accord-cadre proposé par l’ONU censé poser les jalons de la paix en République Démocratique du Congo (RDC) a finalement été signé ce dimanche 24 février. Une cérémonie à la hauteur des enjeux a réuni au siège de l’Union Africaine (UA), l’ONU, l’UA, la CIRGL, la SADC et bien sûr les chefs d’Etats des pays des grands lacs dont les plus attendus Kabila de la RDC et Kagame du Rwanda; l’Ougandais Museveni endeuillé, s’est fait représenté.

Cet accord pompeusement appelé à conduire à la paix dans la région n’est sur le fond qu’un ensemble de recommandations faites à la RDC, mettant en cause le bilan d’une décennie de gestion calamiteuse de la chose publique et de la sécurité du pays. En clair, le réquisitoire qui y est présenté contre le gouvernement passe en revue les piliers de la bonne gouvernance. Sous une forme politiquement correcte et courtoise, l’ONU ne fait que dénoncer ce que l’ensemble des congolais décrie depuis des années:

  • reformer le système de sécurité plus que défaillant et quasi inexistant dans certaines localités,
  • restaurer l’autorité de l’Etat dans un pays où chaque semaine un nouveau groupe rebelle se croit permis de le défier,
  • accorder plus d’autonomie aux provinces comme le prévoit la Constitution,
  • assurer le développement économique en commençant par l’accès aux services de base tels que l’eau, l’électricité et les routes,
  • la réforme des institutions gangrenées par la corruption, l’injustice et l’obstruction au débat démocratique.

Quant aux engagements demandés aux pays de la région, ils se résument à respecter la souveraineté de chacun et à renforcer les coopérations sécuritaires, judiciaires, économiques et administratives entre-eux. Que demander de plus à des voisins? 

A la communauté internationale, le devoir de soutenir tout ce beau monde par des actions et moyens adéquats, une présence militaire qu’elle souhaite plus efficace et indéfiniment assurée par la MONUSCO depuis maintenant 15 ans et sans doute pour quelques années encore. Honneur à la RDC non seulement de mettre en place un mécanisme de suivi au sein de son propre gouvernement, mais aussi d’admettre la présence tutélaire de 10 pays africains et des organisations sous-régionales auxquelles elles appartiennent, au sein d’un mécanisme conjoint de contrôle.¹

Par la force des mots, l’accord-cadre reconnaît sans insister les manquements de tous et à défaut de jeter l’opprobre sur les uns, donne l’absolution à tous ceux qui de loin ou de près sont impliqués dans le marasme de l’Est du Congo. En saluant les efforts de la CIRGL(en référence aux pourparlers de Kampala toujours en cours), de la SADC(principal contributeur de la force d’intervention envisagée) et de l’UA, il apparaît clairement qu’aucune solution militaire «punitive» à l’encontre des forces dites négatives ne sera envisagée avant que ne soient épuisées toutes les options politiques ou diplomatiques. A la limite, on usera de la dissuasion tactique. Comme pour signifier la part de responsabilité de chacun, aucun groupe rebelle n’a été cité, sous-entendu que chacun des signataires du nouveau pacte sait lequel sur le terrain lui est redevable.

La première évocation d’une force militaire d’intervention destinée à combattre ces forces négatives a vu le jour à Addis-Abeba le 17 juillet 2012. A l’époque, il s’agissait déjà d’une urgence. Dans l’accord-cadre du 24 février 2013, il n’en est plus question. Une nouvelle brigade dotée d’un mandat offensif au sein de la MONUSCO a été jugée plus adaptée à contrer de nouvelles attaques.

Le nouvel accord d’Addis-Abeba n’est finalement que le énième du genre spectaculaire sur une longue lignée déjà éprouvée. Rien que sur les 10 derniers mois écoulés, pas moins d’une dizaine de sommets extraordinaires et de réunions exécutives, les unes plus prometteuses que les autres, auront vu défiler chefs d’Etats, ministres et experts au chevet d’un pays manifestement sans portes ni fenêtres. Au bout du compte, un peuple avec l’éternel espoir de vivre un jour en paix…. et les mêmes interrogations.

©WakatiYetu

¹. R.D.C, R.S.A, Angola, Burundi, R.C.A, Congo, Ouganda, Rwanda, Sud Soudan, Tanzanie, Zambie, ONU, UA, CIRGL, SADC.

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