La saga Ntaganda, le symptôme de l’état de nos institutions

Bosco Ntaganda lors de sa 1ère comparution à la CPI le 26/3/2013

Bosco Ntaganda lors de sa 1ère comparution à la CPI le 26/3/2013

Quand il se présente à la première audience de la Cour Pénale Internationale(CPI) le 26 mars dernier, Bosco Ntaganda, général déchu des Forces Armées de la République Démocratique du Congo(FARDC) porte le costume de l’ennemi public numéro un, celui que l’on arbore plutôt de force quand tous les maux de la terre vous sont reprochés. En moins d’une heure et sans trop de détails, l’opinion aura été fixée sur son identité et ce pourquoi il en est là aujourd’hui. Son arrestation suite à sa reddition volontaire,  salué par tous comme un pas important du point de vue juridique a dans la même élan remis sur le tapis les errements d’un Congo et de ses pratiques bien loin d’être au-dessus de tout soupçon.

Le citoyen Ntaganda

Comme pour beaucoup d’autres, la citoyenneté congolaise de Ntaganda fait l’objet de nombreuses discussions et non-dits, et son choix de poursuivre son audition en Kinyarwanda n’a fait qu’accentuer chez les congolais ce sentiment d’avoir hébergé et entretenu son propre bourreau. Nationalité qu’il a sûrement obtenu officiellement grâce au décret présidentiel qui a fait de lui un général au sein des FARDC en 2004 et qui démontre à quel point l’administration centrale est un capharnaüm digne des foires d’autant plus qu’il n’est sans doute pas le seul à avoir pu bénéficier de tels faveurs. Les documents de la CPI qui l’accusent de crimes le décrivent pourtant comme citoyen rwandais. Notons ici, que les enquêtes sont prétendues avoir été menées avec sérieux et l’entière collaboration des autorités congolaises. Quand on connaît son parcours et la façon dont il a gagné ses galons de soldats, il y a matière à réfléchir sur la manière dont «au nom de la paix», ce gouvernement arme des hommes qui s’avèrent être les premiers fossoyeurs de la république. Ce fait devrait être l’occasion pour que la législation mette au clair une fois pour toutes la question de la citoyenneté sur toute l’étendue du pays.

L’impuni

Recherché depuis 2006 par la CPI, Ntaganda a par contre été toujours protégé par les autorités congolaises prétextant être un gage de paix pour le du Nord-Kivu. En 2012, à la faveur d’une pression internationale grandissante, le gouvernement a laissé entendre que si le général était mis aux arrêts, il serait jugé par les instances nationales. Propagande récurrente d’un régime politique qui depuis plus d’une décennie a fait de l’impunité sa marque de fabrique. Ils sont légions entre ministres, militaires et gestionnaires d’entreprises publiques à être passé entre les mailles du filet de la justice avec cette arrogance de paraître intouchable. La reddition de Ntaganda sur le sol rwandais est un réel soulagement pour la justice congolaise qui se voit débarrasser d’un encombrant personnage dont un procès national aurait probablement mis à jour toute l’insuffisance et l’implication licite de la hiérarchie militaire et de la classe politique au pouvoir. Une image qui malheureusement va encore rester longtemps dans le conscient collectif des congolais qui depuis l’ère Mobutu a contemplé la justice faire sa décente aux enfers, laissant les plus pauvres payer pour les plus nantis.

Le Général déchu?

Le cas Ntaganda donne une image de ce qu’est l’armée congolaise aujourd’hui, un amalgame de rebelles, miliciens, déserteurs et opportunistes de tous bords qui au gré des batailles successives et des accords conséquents se sont vu offrir une place et un grade au sein des FARDC. Depuis 1996 et les premières confrontations entre les soldats emmenés par Laurent-Désiré Kabila via l’AFDL(Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) et ce qu’il restait des FAZ(Forces Armées Zaïroises) moribondes de Mobutu, l’armée nationale n’a quasi plus d’identité et encore moins de dignité. En toute quiétude, rebelles et criminels de guerre côtoient anciens déserteurs et nouveaux réintégrés. On a tous entendu le formidable refrain sur la réforme plus que nécessaire de la défense et de la sécurité du pays mais force est de constater que celle-ci ne consiste qu’en un brassage de tout ce qu’il y a de plus mauvais aussi bien en hommes qu’en pratiques sur le terrain. Ntaganda ne reviendra peut-être pas de sa prison hollandaise mais ses subordonnés restés au sein du M23 et des milices alliées vont tôt ou tard réintégrer les FARDC. Parmi ces promus, on retrouvera sans conteste ceux déchus un an plus tôt lorsqu’il était de bon ton de faire croire que la crise à l’Est était le fait de quelques mutins véreux.

A qui profite le crime?

Une administration complaisante à souhait, une justice quasi inexistante et une armée nationale sans tête ni queue livrée à tous les vents est tout ce qu’il ressort de cette saga Ntaganda. Sa mise en détention arrive bien trop tard pour décanter la crise dans laquelle le pays est noyé et dont l’Est en est l’épicentre. Sa mise à l’écart très médiatique a mis en évidence sa succession représentée en l’occurrence par un autre militaire issu de la même filière et ayant un parcours identique. Aux congolais du Nord-Kivu qui ne comptent plus leurs malheurs, ce dénouement n’est que la copie d’une tragédie macabre qu’ils vivent depuis une quinzaine d’année. A chaque fin d’acte, l’amertume succède à l’espoir de ces populations qui ont le réel sentiment d’être des laissés pour compte, réduites au rang de monnaies d’échange entre forces s’affrontant pour les riches terres qu’elles occupent depuis la nuit des temps.

Et après?

La destinée de Ntaganda constitue certes un événement majeur pour comprendre les enjeux du perpétuel conflit dans lequel la RDC est activement impliquée dans sa partie Est, mais n’est en aucun cas décisive pour la suite tant que les maux qui l’ont engendré ne sont pas traités à leur mesure. Les problèmes congolais, même ceux de l’Est, sont plus profonds, plus diffus pour se résoudre à être analysés sous le seul oeil d’un fait médiatico-juridique. Il n’était déjà plus visible et opérationnel depuis une année et son arrestation n’a pas arrêté la poursuite des conflits.

Présenté comme «un problème importé des voisins», le cas Ntaganda est néanmoins le symptôme apparent de ce qu’est la RDC aujourd’hui, une fourmilière d’intérêts où les scrupules même les plus élémentaires à une société humaine s’effacent au profit de la loi du plus fort, de celle du gain et de l’apparat politique…un arbre sans tronc.

©WakatiYetu

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