3ème round des pourparlers de Kampala, Qui perd gagne!

L'hôtel Munyonyo de Kampala, cadre des négociations entre RDC & M23 ©Innocent Olenga-RO

L’hôtel Munyonyo de Kampala, cadre des pourparlers entre la RDC & le M23 ©Innocent Olenga-RO

Quatre mois, jour pour jour, après leur lancement, les pourparlers de Kampala reprennent avec les mêmes protagonistes séparés par une seconde pause dite de consultation. D’un côté, le gouvernement et de l’autre le Mouvement du 23 Mars, avec comme premier changement notable la réduction drastique du nombre des délégués des deux équipes sous prétexte tantôt d’une réduction des coûts, tantôt justifié par le fait que la suite du travail à fournir ne repose que sur des aspects techniques ne nécessitant la présence que des spécialistes attitrés. L’autre fait marquant est la réorganisation de la délégation du M23 adaptée à la faveur d’une «guerre interne» et assortie au goût du nouveau chef militaire.

L’ordre du jour

Tout en admettant qu’il était temps de mettre un terme aux pourparlers, le gouvernement à d’abord laisser entendre qu’il ne reprendrait la route de Kampala que si le M23 mettait fin à ses actions militaires par un désarmement effectif et une dissolution pure et simple du mouvement. Le porte-parole du gouvernement de renchérir le 5 avril que si finalement la délégation du gouvernement s’y rend, c’est uniquement pour constater l’inexistence du M23 et de facto mettre un terme à la dite négociation, tout les points ayant déjà été étudiés.

Sans surprise, le camps adverse à une toute autre vision des problèmes à traiter. Estimant que tous les points à l’ordre du jour des sessions précédentes n’ont pas été traités, les prochaines plénières devront être consacrées aux points portant sur la sécurité, le social et l’économie(bonne gouvernance) a proclamé la délégation du M23.

La vérité se trouve probablement entre les deux points de vue. L’issu des prochaines plénières ne peut aboutir que sur un protocole accordant les deux parties. La révision de l’accord du 23 Mars 2009 et le cas Ntaganda bouclés, il reste encore à régler le sort des autres dignitaires du M23 mais aussi celui des bataillons militaires qui les accompagnent. Retraite civile ou militaire, (re)intégration au sein des FARDC sont les seules options envisageables et pour y arriver, il faut évidement que le mouvement «s’auto-détruise» comme dans un tour de magicien. Simple à imaginer, mais la magie dit-on, n’est qu’une illusion, un subtil habillage de la réalité.

Compromis ou impasse

Peut-on se permettre une impasse? Il ne vaut mieux pas! Ce troisième tour de table intervient après la succession d’étapes d’un processus qui ne doit s’encombrer d’aucune fausse note: l’accord-cadre d’Addis-Abeba, la nomination d’un envoyé spécial pour les Grands Lacs(Mrs Robinson), la reddition de Ntaganda, la chute de Bozize dans la Centrafrique voisine et pour finir la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Toutes ces actions ont un dénominateur commun; la disparition des groupes armés dont le M23 qui contrairement aux autres à le droit ou le privilège de discuter ouvertement de son avenir avec le gouvernement congolais.

Il faudra, et le plus tôt sera le mieux, qu’ un accord soit signé. Juste à temps pour que Mrs Robinson s’installe et que les premiers éléments de la « Brigade d’Intervention » puissent poser leurs tentes en toute quiétude, car même si son mandat l’autorise à combattre, elle préfère de loin ne pas devoir se retrouver entre deux feux. Le M23 vexé d’être dans la lucarne de tir au même titre que les FDLR et la cohorte des groupes armés n’a cessé depuis le 28 mars de dénoncer ce qu’elle considère comme une ingérence dans les «affaires congolaises» de la part des Nations Unies et du double langage de Kinshasa accusé de ne pas se décider entre «la paix ou la guerre».

Qui perd gagne!

Les choses sont sans doute allés trop loin, rendant le retour à la réalité quelque peu périlleux.

Kinshasa a perdu la bataille militaire depuis longtemps et ne peut négocier son salut qu’au prix d’innombrables concessions régionales et internationales. Garanti de ne pas être renversé, le président Kabila doit désormais jouer à l’équilibriste entre la pression,  nationale qui veut un changement palpable, internationale qui veille à ce que les réformes promises soit implantées et une ribambelle de chefs de guerre dont l’improbable coalition pourrait lui rappeler que son ami Bozize avait aussi eu l’assurance de garder son trône lors des accords de Libreville.

Le M23 a pu se rendre compte que remporter des batailles militaires ne suffit pas. La RDC est grande non seulement par sa superficie mais aussi par la diversité de sa population. Coincé à l’est du Nord-Kivu, les rebelles ne disposent pas du soutien nécessaire pour faire revivre l’épopée de 1996-1997. Et comme il ne peut y avoir deux maîtres sur un territoire, il faudra choisir entre partir ou rester, quitte à y mettre le prix et les exigences dites légitimes.

Les jours qui suivent vont sans doute être d’une intense réflexion, non pas sur la nature de l’accord dont les grandes lignes sont déjà connues, mais sur la manière dont il faudra faire croire que l’on a gagné alors que l’on n’est pas le vainqueur…

  • Evolution des sessions:

9/12/2012: début des pourpalers
21/12/2012: 1ère interruption

5/01/2013: Reprise des pourparlers
6/02/2013: Rapport sur la révision de l’accord du 23/3/2009
17/03/2013: 2ème interruption

9/04/2013: Reprise des pourparlers

  • A lire également:

Kampala: le dialogue des sourds
Dialogue de Kampala, Acte 1: Accords 2009, La remise en question

©WakatiYetu

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