Diomi, les complots et la télé-réalité gouvernementale

muyej_collaborateursDepuis quelques semaines, les bureaux du ministère de l’Intérieur se sont transformés en un théâtre où la police nationale fait défiler des suspects connus ou pas du grand public devant le maître des lieux avant de les exhiber à la presse dans le jardin attenant. D’un air hautement satisfait de l’honneur qu’on lui fait, le ministre Muyej Mangez clôture le spectacle par un petit mot teinté de triomphalisme, tel un sheriff annonçant la capture de l’ennemi public numéro 1.

Complot contre le chef de l’Etat ou atteinte à la réputation de ce dernier demeurent les thèmes favoris de ces joutes destinées à un (télé)spectateur décidément né de la dernière pluie. Pour rendre la scène passionnante, les acteurs doivent de préférence être issus du même moule. Appartenir à un parti d’opposition, être originaire d’une province du centre ou de l’Est, avoir des liens affirmés ou pas avec un ex-candidat aux dernières élections générales de 2011 peut faire de vous une nouvelle célébrité dans le monde très opaque des services de sécurités.

Le scénario souvent écrit à l’avance ressemble à s’y méprendre à ceux proposés par l’ancien dignitaire du pays pour qui la tristement célèbre ANR(Agence Nationale de Renseignement) voyait des complots et des traîtres à la nation à tous les coins de rue. C’était la grande époque de la terreur durant laquelle le premier plouc de service pouvait vous mettre derrière les barreaux parce que vous aviez emballé vos «mikate»(beignets) avec un papier journal où figurait l’effigie du timonier; crime de lèse-majesté! La participation à un mouvement de grève pour réclamer une substantielle augmentation de leur maigre salaire d’enseignant a conduit deux professeurs du collège où j’étudiais à visiter les geôles de ces barbouzes sous le motif qu’ils créaient l’insécurité dans la ville. Quand ils en sont sortis une semaine plus tard, on pouvait lire pitié et terreur dans leurs yeux rougis que trimbalait leur corps amaigri. C’était il y a longtemps dit-on, mais manifestement, d’autres s’en sont inspiré.

Empêtré dans des affaires qui l’écartèle entre l’Equateur, le Katanga, les deux Kivu et Kinshasa, le ministère de l’Intérieur dont le bilan est à marquer au fer rouge semble avoir trouvé la méthode pour le rendre un peu plus agréable à consulter. Kuluna à Kinshasa, entrée triomphante des Maï-Maï à Lubumbashi, insécurité permanente à l’Est, anarchie parlementaire à l’Equateur ne peuvent qu’être accessoires face à des badauds accusés de fomenter un renversement de régime à l’aide de machettes et de cocktails Molotov et dont le repli serait sans doute couvert par deux ou trois fusils d’assaut datant de la dernière guerre de Yougoslavie pour les plus récents.

La récente suspicion que l’on prête au député Diomi Ndongala résume parfaitement cette factice ambiance de paranoïa gouvernementale dont la projection démontre plus l’envie de divertir une population accablée par tout les maux de la terre que d’en trouver les remèdes. Arrêté préalablement pour viols sur mineures, il sera cité trois jours plus tard comme étant l’organisateur et le financier d’un mouvement insurrectionnel destiné à instaurer le chaos à Kinshasa et à attenter à la vie du chef de l’Etat et de son premier ministre. L’image de ces compatriotes présentés comme n’honorant pas la nation ou déstabilisant l’Etat providence doit marquer, espère-t-on en haut-lieu, l’esprit incrédule de celui qui croit encore que le pays a les hommes qu’il faut à la place qu’ils occupent et que les tâches sont à jour.

Le ridicule ne tue pas disait l’autre. Ça tombe bien, le rocambolesque aussi, tant qu’il existe quelque chose à gagner, à protéger ou à éloigner de l’indispensable. Reste la question: « Pour combien de temps? »…

©WakatiYetu

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