Le subliminal bilan de Matata Ponyo

Le 1er Ministre Matata Ponyo et son gouvernement à l'Assemblée Nationale

Le 1er Ministre Matata Ponyo et son gouvernement à l’Assemblée Nationale

Au lendemain de l’anniversaire de l’installation de son gouvernement, le premier ministre Matata Ponyo s’est empressé de publier avec une joie à peine dissimulée, ce qu’il convient d’appeler «le bulletin de l’an 1», s’octroyant à l’occasion la mention «distinction» sanctionnée d’une moyenne de 72,5%. Une note flatteuse en effet, calculée sur base de la feuille de route soumise à chacun de ses ministres et témoignant de ce qui a été entrepris, de ce qui en cours ou pas du tout réalisé à ce jour. Comme pour toute les moyennes, les bonnes notes des uns couvrent largement les résultats médiocres des autres et ne reflètent pas la réalité dite du «terrain» particulièrement dès que l’on quitte la capitale Kinshasa.

le vrai-faux départ

Le bulletin du premier ministre se base exclusivement sur l’année qu’il vient de passer à la primature(05/2012-2013), donnant l’impression que l’effet positif qu’il devrait susciter est bel et bien le fruit des actions menées depuis son arrivée à la tête du gouvernement. Seulement voilà, Matata comme beaucoup de ses collègues sont la continuité au mieux de ce qui se fait depuis la législature passé, au pire, du régime en vigueur depuis la prise de pouvoir par Mzee Kabila en 1997 et «l’alternance» assurée par son fils depuis 2001. A quelques exceptions près, ce sont les mêmes hommes, les mêmes partis ou regroupement politiques qui accèdent au pouvoir et mettent en oeuvre la politique du gouvernement depuis 15 ans. Pour souligner la portée des chiffres publiés, il aurait fallu les comparer à ceux des gouvernements précédents. A-t-on progressé, de combien, quel mention attribuerait-il à ses prédécesseurs?

Economie et social

Réputé pour sa passion des chiffres, Matata l’économiste s’auréole à juste titre d’un taux de croissance oscillant entre 7 et 8%. L’optimisme est tel qu’il envisage pour les prochains exercices d’aller au delà des 10%; le Graal des services d’économétrie. Socialement ces beaux chiffres n’ont de signification que si la population voit son train de vie s’améliorer, ce qui visiblement n’est pas le cas. Le taux du chômage estimé à ±80% est quasi équivalent à celui de l’analphabétisation. Pour toute gloire, le premier ministre avance néanmoins avoir participé à la création de 12000 emplois, secteur privé et public confondus.

L’accès à l’eau, l’électricité, aux soins médicaux et aux biens de première nécessité est toujours aussi catastrophique et dans plusieurs cas, bien pire qu’avant. Les indices de développement, de pauvreté, d’accès aux soins placent encore la R.D.C au bas du tableau, si ce n’est à la dernière place, c’est à l’avant dernière.

La croissance ne vient donc pas de l’activité économique en elle-même, mais de la rigueur imposée dans les finances publiques dont il assure la gestion depuis la législature passée en tant que ministre des finances, poste qu’il contrôle encore aujourd’hui par l’entremise de son ministre délégué.

Mise en pratique de la T.V.A, bancarisation des salaires des fonctionnaires, audits des ministères, entreprises publiques et des dépenses de l’Etat, la volonté d’assainir le milieu des affaires sont sans aucun doute les faits d’armes qui permettent de justifier l’apparente bonne santé de l’économie du pays. Pas étonnant dès lors que l’on retrouve les ministres du budget, finances et Entreprises publiques parmi les mieux notés. Tableau malheureusement écorné par le F.M.I(Fond Monétaire International) et l’I.T.I.E(Initiative pour la Transparence dans les Industrie Extractives) qui ont pointé tour à tour le manque de transparence dans les contrats miniers et les flux financiers du milieu. La corruption et les détournements de fonds ont encore la vie dure, mais plus pour longtemps dit-il.

Sécurité

L’actualité résume le bilan de ce secteur. Les insurrections de l’Est du Congo ont par coïncidence repris de plus belle au moment ou Matata prenait place à la droite du Président Kabila et elle n’ont pas cessé depuis avril 2012 rendant totalement invisible la politique sécuritaire du gouvernement s’il y en avait une, cohérente et efficace.

La prise de Goma par le Mouvement du 23 Mars(M23), l’intrusion des Maï-Maï à Lubumbashi, la délinquance urbaine à Kinshasa, les viols des femmes et l’insécurité permanente dans les zones de conflits, la déliquescence affichée de l’armée nationale (FARDC) accusent le gouvernement et pointent son manque d’autorité et de pouvoir. Si on fait exception des multiples présences du ministre des Affaires Etrangères aux réunions régionales ou internationales sensées trouver une parade aux humiliations subies au Nord-Kivu, le domaine sécuritaire a plus qu’été inexistant. «Mauvais» serait la mention adéquate, juste parce qu’il n’y a pas plus pire. Les ministres de l’Intérieur et de la Défense bien que notés différemment en portent la responsabilité.

Démocratie, droit et liberté

Le niveau de démocratie est devenue la mesure employée pour qualifier l’état de probité politique dans les ex-pays totalitaires. Si on devait s’en tenir qu’aux classements des organisations internationales, on serait encore une fois très loin du podium sur les questions démocratiques et celles des droits de l’homme. En cela, la législature Matata est «mal née».

Issue des résultats d’élections générales calamiteuses, la classe politique actuelle perpétue les sentiments de clientélisme, d’arrivisme, d’incompétence et d’affairisme qui ont caractérisé la deuxième république. Sans idéologie manifeste, les élus passent d’un parti à un autre, d’une majorité à une autre sans scrupules. Soutenue par une majorité absolue à l’Assemblée Nationale(350/500), ce gouvernement ne risque quasi rien en théorie. Contrôle parlementaire, commission d’enquête, motion de défiance prennent souvent la porte de sortie avant même qu’ils soient initiés. Il y a bien des interpellations parlementaires, mais les ministres invités s’en sortent  haut la main par un simple discours sur la forme dans lequel ils décrivent une situation complexe qu’ils auraient hérité (de qui?), une liste d’actions qu’ils prétendent mettre en place et dont l’aboutissement dépendra du temps, vraisemblablement, celui pendant lequel ils resteront à leur poste.

Invité au mois d’avril à l’Assemblée Nationale à s’expliquer sur la politique appliquée, le premier des ministres a finalement échappé à ce banal exercice démocratique grâce à un volte-face spectaculaire des députés de sa propre majorité qui après en avoir accepter le principe ont retiré leur signature invalidant de facto la motion de défiance qui lui était destiné. Si légalement cela peut s’expliquer, l’on notera néanmoins l’aversion qu’a Matata à rendre compte de ses actions quand elles s’avèrent moins reluisantes. Interpellé en 2012 après la prise de Goma par le M23, il s’était fait porter malade le jour de sa convocation par les parlementaires pour finir par envoyer quelque uns de ses ministres aller s’expliquer au sein des deux chambres parlementaires.

Forcé par les circonstances de mettre en place une nouvelle commission électorale et une des droits de l’homme, une concertation nationale pour calmer les tensions grandissantes de la population une année à peine après son investiture, le trio présidence-gouvernement-parlement peine à sauver un processus démocratique dont les éléments fuient de tout part. Les élections provinciales, communales et sénatoriales prévues en 2012-2013 n’ont toujours pas eu lieu rendant jour après jour ces élus de plus en plus illégitimes.

La justice n’a pour sa part pas mué. Elle se défini comme au bon vieux temps entre impunité, procès expéditif quand il s’agit d’écarter un homme politique (ou pas) un peu bavard ou très lent quand il faut en protéger un plus influent. Contrairement au précédent gouvernement, la visibilité de ce ministère a tout simplement fait place à de la propagande sécuritaire entretenue tantôt par le ministre de l’Intérieur, tantôt par le porte-parole du gouvernement.

Longue est la route

Tant que les problèmes sécuritaires couvriront l’actualité nationale, il sera peu aisé d’analyser à froid l’activité gouvernementale. Sauf à diviser le pays en zone en paix et celles  en guerre, le pire supplantera sans cesse le meilleur. On ne peut imaginer un pays qui avance avec des chiffres macroéconomiques diamétralement opposés à ceux des indices sociaux. On ne peut non plus prétexter une situation sécuritaire chaotique comme l’argument pour ne pas envisager le progrès.

D’ici deux ans «si tout se passe bien», il sera déjà temps de préparer les prochaines élections présidentielles et le moment de présenter le bilan final de la législature 2011. Dans un pays où tout est continuellement à (re)construire, c’est là où tout les autres ont échoué que l’on attend Matata. L’eau potable, l’électricité, la santé, les routes, les transports en commun et la sécurité suffiraient à changer non seulement l’image du pays mais aussi la perception qu’ont les congolais de l’Etat et des hommes qui le représente. A ce jour, rien de tout cela n’est encore visible et Matata qui semble faire croire qu’il n’est qu’à ses débuts ne pourra en toute franchise réaliser ne fusse que le quart de ce que l’on attend de lui.

En définitive, l’An 1 de Matata est une intention de rupture avec le milieu politique ambiant et surtout ses prédécesseurs Muzito et Gizenga réputés pour n’avoir eu la primature qu’à l’issu d’un arrangement électoral mettant ainsi leur compétence au second plan. Noter publiquement ses ministres ne le rendra pas non plus populaire au sein de sa plateforme politique, mais un brin d’estime au sein d’une population qui reconnaît que la méthode Matata si elle n’a pas encore fait toutes ses preuves, est déjà bien loin de ce que l’on a connu depuis 40 ans.

Trop tôt pour nous présenter un bilan palpable, L’homme à la cravate rouge nous en a vendu l’image en attendant l’an 2… s’il est encore là.

©WakatiYetu

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