Concertations Nationales: décryptage du discours d’ouverture

Le Palais du Peuple, lieu des Concertations Nationales, Kinshasa

Le Palais du Peuple, lieu des Concertations Nationales, Kinshasa

Dans un discours (à lire ici) que l’on pourrait croire insipide ou protocolaire, le président Kabila a ouvert les Concertations Nationales attendues depuis son allocution du 15 décembre 2012 dans ce même Palais du Peuple lors de son adresse annuelle à la nation. Dans un ton qui laisse souvent penser, à tort ou à raison, qu’il n’est pas très au fait de ce qu’il lit, le président a subtilement présenté aux délégués présents la direction dans laquelle ces discussions devraient s’orienter pour dit-il  faire face à la menace qui pèse sur l’existence du pays en tant que nation et Etat souverain.

Citoyen d’abord!

« Une démarche plutôt citoyenne que politicienne »! A ce titre, il a rappelé que les congolais avaient des droits mais aussi des obligations auxquelles nul ne peut se soustraire, particulièrement quand il s’agit de la défense de l’intégrité territoriale et de l’indépendance nationale. Pour marquer l’importance de ce moment qu’il qualifie de singulier et d’historique, les délégués ont sûrement apprécié la référence aux martyrs et pères de l’indépendance ayant donné leur vie pour garantir la liberté dont nous sommes censé jouir actuellement.

A ceux qui ont refusé ces assises, qu’il estime soit frustrés ou lui déniant un quelconque droit à les organiser, il explique leur absence comme un signe d’inaction, d’apathie et d’indifférence face aux souffrances qu’endurent les populations victimes des incessantes guerres tout en invitant ceux qui hésitent encore, à rejoindre le train en marche.

Par cette démarche, il se démarque du contexte politique dans lequel on veut l’enfermer pour prendre la stature du citoyen, de l’humain dans ces moments difficiles.

Concertations Versus Dialogue de Kampala

Parti à Kampala avec disait-ton le torse bombé, au vu des derniers développements militaires en faveur des FARDC, le président Kabila en est revenu plus humble. Le dernier sommet de la CIRGL lui a sans détours, intimer l’ordre de reprendre les pourparlers avec les rebelles du M23 endéans les 3 jours et d’y mettre fin dans la quinzaine. Les chefs d’Etat de la dite Conférence (dont certains ne cachent pas leur sympathie aux rebelles) ont sans doute tenu à lui montrer que ses Concertations Nationales n’avaient pas plus d’importance que le dialogue qu’ils lui ont imposé après la prise de Goma en novembre 2012.

Les deux « forums » se tiendront donc en parallèle, avec un point commun, le M23, mais aussi avec l’espoir sournois d’arriver à une perception consensuelle sur le statut des rebelles. Kabila prétend que l’un ne peut empêcher l’autre au nom de sa vision tri-dimensionnelle politique, diplomatique et militaire.  Si Kampala est diplomatique et que les FARDC s’occupent de l’option militaire, les Concertations redeviennent un enjeu politique… N’était-ce pas une action citoyenne comme il l’a souligné plus tôt?

L’immunité de la parole

Kabila déclare qu’au cours de ces Concertations, tous les sujets ayant un intérêt général pourront être discuté « en toute liberté et sans contrainte » tant que l’on reste concentré sur les cinq thématiques retenues (à lire ici, page5-Art10) « sous réserve, bien entendu, du respect des lois, de l’ordre public et des bonnes mœurs » comme le souligne la Constitution du pays. Et il rajoute, à dessein, que les délégués ne doivent en aucun cas se substituer au peuple (souverain primaire) ni à remettre en cause les décisions prises par ce dernier.

Vous vous rappelez des élections dites frauduleuses et de l’éternel débat sur la vérité des urnes? En clair, la menace du président est à peine voilée. « Discutez de tout, sauf de moi et de mon mandat, sinon la Constitution se chargera de vous. Le peuple m’a déjà choisi et ce n’est pas à vous (délégués) qu’il est demandé d’en douter ». A bon entendeur…

Grâce présidentielle et amnistie

« Le fait du Prince ». A la fois pour montrer sa toute puissance sur les institutions et sa magnanimité envers le peuple, le président Kabila a pour finir, mentionné qu’il permettrait au nom de la cohésion (décrispation de la situation), la libération conditionnelle de certains prisonniers. Sans être devin, on s’imagine à qui il fait allusion tant on sait que les geôles de l’Etat ne sont pas exemptes de quelques illustres personnages politiques.

Et ce n’est pas tout! Dans son élan de générosité, il annonce qu’une loi d’amnistie va bientôt être votée par le Parlement. Qui doit-on amnistier? Les pourparlers de Kampala, ça vous dit quelque chose? Ils feront mine de ne pas l’avoir remarqué, mais là où ils sont, les rebelles sont en fête. Les pourparlers de Kampala et les Concertations Nationales viennent de se rejoindre.

Consensus… Quand tu nous tiens!!!

©WakatiYetu

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