Intégrables, mauvais ou rebelles repentis, le gouvernement trie

Mende Omalanga, ministre des médias et porte-parole du gouvernement.  Photo d'archives

Mende Omalanga, ministre des médias et porte-parole du gouvernement.
Photo d’archives

Depuis le dernier point de presse du ministre des médias et porte-parole du gouvernement Mende Omalanga, il est de plus en plus question de l’avenir du M23, qu’il soit politique, militaire ou civil.
Coupant l’herbe sous les pieds aux pourparlers de Kampala et aux concertations nationales encore en cours, le ministre Mende a sans surprise ouvert la porte à un nouveau débat, en parlant d’amnistie et d’intégration des rebelles au sein des forces armées régulières (FARDC).

Ces deux sujets sont en ce moment, simultanément discutés à Kampala entre le gouvernement et le M23 et aux concertations nationales au sein de la sulfureuse commission « Désarmement, démobilisation, réinsertion sociale ou rapatriement  » où l’opposition et la majorité au pouvoir se disputent le droit d’inviter ou pas les groupes armés à participer aux échanges afin de comprendre leurs motivations et le cas échéant, d’étudier les voies pouvant ramener la paix dans les régions de l’Est.
S’exprimant au nom du gouvernement, Mende à dévoiler, un peu tôt peut-être (à dessein) ce qui se trame dans les deux forums au risque de tendre un peu plus les relations déjà compliquées entre participants.

S’il l’on s’en tient à ses déclarations, l’amnistie et la (ré)intégration des éléments rebelles sont déjà acquises, reléguant le reste au rang de formalité et énonce les critères pour y avoir droit: pas plus d’une mutinerie ou plus d’un mouvement insurrectionnel à son actif, ne pas avoir commis de crimes de guerre, contre l’humanité ou contre des civils, ne pas avoir commis de viol et ne pas avoir utilisé des enfants comme soldats. A cela, il rajoute que ceux soumis à des sanctions nominatives de la part des tribunaux nationaux ou des instances juridiques internationales ou ayant déjà été jugé ou condamné ne bénéficieront ni de l’amnistie, ni de l’intégration au sein des FARDC.

L’on apprend également que sur environ 1700 membres du M23 recensés, une bonne centaine tomberait sous ces critères et que 8 d’entre-eux seraient en plus de nationalité étrangère ou du moins ayant deux nationalités(dont l’une congolaise), ce qui au regard de la Constitution en vigueur(voir Art 10) est incompatible avec la pratique militaire notamment. Ces « fraudeurs » comme il les appelle auraient pour certains servis dans une armée régulière étrangère. 1 ex-Général, 2 ex-Colonels, 3 ex-Lieutenants-Colonels et 2 ex-Majors(dont un évadé d’une prison de Goma) des FARDC devenus M23 se trouveraient concernés. Il reste donc plus ou moins 1600 éléments dont l’examen se fera au cas par cas étant donné qu’aucune responsabilité collective n’est inscrite dans le droit congolais.

Concernant la participation des groupes armés aux Concertations Nationales, outrepassant le droit au Présidium d’en informer les membres de la dite commission, le ministre Mende qui participe lui-aussi à ce forum mais dans une autre commission a émis un avis négatif qu’il considère comme étant celui à la fois de la majorité présidentielle, du gouvernement, de la population et du bon sens. Faisant la distinction entre groupes non-actifs et actifs, l’inclusion de ces derniers dans les discussions en cours « tuerait l’Etat et donnerait lieu à une sacralisation du crime et de l’impunité » selon ses propres mots, et d’ajouter: « On associe pas des violeurs à un séminaire consacré à la quête de solutions concernant les violences sexuelles ». Seuls les groupes armés « repentis »et donc non-actifs peuvent à cet égard participer aux Concertations Nationales car utiles pour la recherche des voies et moyens de la pacification.
Justifiant la participation du gouvernement aux pourparlers de Kampala avec le M23 (groupe armé toujours actif) et pour couper court au principe « deux poids, deux mesures » dont on pourrait accuser le gouvernement, il s’agit selon lui ni plus ni moins d’une démarche régionale initiée par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) pour écouter ce groupe armé à la solde d’un Etat membre de la CIRGL et y trouver une solution tout aussi régionale. Rien à voir précise-t-il avec un débat national comme ce serait le cas si le M23 était invité à Kinshasa.

Si sur le fond, Mende n’est pas loin du sentiment que partage une large partie de la population sur la participation des groupes armés aux Concertations Nationales, il n’en n’est pas de même concernant l’amnistie et encore moins l’intégration des rebelles ou miliciens au sein des FARDC. Là ou lui et le gouvernement voient de bons et mauvais rebelles, la population (celle de l’Est en premier) n’en voit que de mauvais et continue à juger les démarches de Kampala infondées et à l’avantage du M23 ou de leurs supposés parrains rwandais et ougandais. Il est vrai que le sujet est délicat et sensible, mais qu’on le veuille ou pas, il faut y trouver une solution, quitte à créer des mécontents dans tous les camps.

Quant à la forme, on pourrait se demander pourquoi ces déclarations interviennent alors que les conclusions de Kampala et des Concertations de Kinshasa n’ont pas encore été annoncées sur ces sujets et que nous sommes à la veille d’une assemblée générale de l’ONU ou ces points figurent à l’ordre du jour.
Elles mettent à la fois à défaut d’une part sur le plan régional, le facilitateur ougandais et les 2 parties prenantes, le Présidium des Concertations Nationales et une parties des « concertateurs » sur le volet national et d’autre part, les instances internationales autour de l’ONU qui s’emploient à ménager la chèvre et le chou pour ne pas véritablement prendre parti dans un conflit qui semble les dépasser.

En prenant de « l’avance » sur tout ce beau monde, Mende prend à contre-pied Kengo qui en tant que co-président des Concertations Nationales doit décider ou non de la participations des groupes armés aux discussions, ce qui avait déjà été envisagé lors des réunions préparatoires. Mende dont les relations avec Kengo sont loin d’être amicales n’a évidemment pas oublié qu’ avant le début des concertations, ce dernier avait créé la controverse (très peu appréciée du côté de la majorité au pouvoir) sur un possible gouvernement d’union nationale à l’issue des assises.
Il coupe court aux tergiversations du M23 qu’il qualifie d’indécis à la solde d’un pouvoir extérieur et dénonce la tournure des discussions de Kampala où les rebelles tiendraient un langage plus conciliant que dans leur base de Bunagana et met les Nations Unies, avec lesquels il souffle le chaud et le froid selon les saisons, devant leur responsabilité en les poussant à choisir définitivement entre une diplomatie confuse et des action plus concrètes en faveur de la RDC.

Le dénouement de ces discussions devraient avoir lieu la semaine prochaine, on verra dès lors s’il était nécessaire ou utile de « déposer ses cartes » en premier…

©WakatiYetu

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