Suivi de l’Accord d’Addis-Abeba: où en est-on?

Le président Kabila salué par Ban Ki Moon, SG des Nations Unies, 23/9/13 ©UN Photo/Rick Bajornas

Le président Kabila salué par Ban Ki Moon, SG des Nations Unies, 23/9/13 ©UN Photo/Rick Bajornas

En marge de la 68ème assemblée générale des Nations Unis à New-York, a eu lieu ce 23/09 un mini-sommet de haut-rang sur le suivi des recommandations de l’accord-cadre d’Addis-Abeba auquel ont participé notamment les présidents Kabila (RDC), Kagame (Rwanda), Museveni (Ouganda) et Kikwete (Tanzanie). Cette réunion fait suite à la  première rencontre du dit comité tenue à Addis-Abeba le 26 mai dernier où il était question de mettre en place des indicateurs devant permettre d’examiner les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des engagements régionaux pris au titre de l’accord d’Addis-Abeba du 24/02 et de la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies du 28/3. (Voir archives)

A l’issu de ces accords, le président Kabila s’était engagé au niveau national à:
– réformer la sécurité et la défense du pays,
– consolider l’autorité de l’Etat, surtout à l’Est du pays,
– reformer les institutions de l’Etat gangrénés par la corruption et la mauvaise gouvernance
– à accélerer la décentralisation du pays
– à améliorer les conditions économiques et sociales (eau, éléctricité, transport, infrastructures, ..)
– créer un environnement de réconciliation nationale et démocratique.

Après les condamnations d’usage et répétitifs que l’on énoncent sans conviction dans ces rencontres à l’égard des groupes armés, les dirigeants présents à cette réunion d’évaluation de New-York ont salué les efforts du président Kabila et de son gouvernement pour avoir établi des indicateurs de suivi et la mise en oeuvre de certaines réformes tout en l’encourageant à continuer dans ce sens. (Communiqué final à lire ici)
Les réunions de ce type étant plus formelles que pratiques, il est évident que le congolais n’ait pas la même perception que les bureaucrates de New-York. Certes, ces « avancées » sont mesurables, mais elles ne sont pas encore visibles aux yeux de la population qui devra attendre beaucoup plus longtemps avant d’en juger les progrès et les résultats.

De nouveaux généraux et officiers ont été nommés et d’autres jugés moins utiles mis à la retraite par ordonnance présidentielle au mois de juillet et depuis le rapport de force au front de l’Est a changé de camps. Les forces armées ont repris au Nord-Kivu des localités aux mains des rebelles et retrouvé la confiance et la fierté d’une population jadis méfiante à leur égard.
Les institutions de l’Etat mettront du temps avant que l’on voit ne fusse qu’un changement minime malgré les nombreux audits administratifs et financiers auxquels le gouvernement s’est engagé pour dégraisser la masse des fonctionnaires et contrôler les finances publiques. Il en est de même pour les conditions sociales sont toujours aussi médiocres. Les services de base (eau, électricité, soins médicaux, transport) restent inégalement réparties ou inexistants et malgré toutes les bonnes intentions et volontés nationales, régionales et internationales, ce n’est sûrement pas en quelques semaines que l’on sortira la tête du marigot.
La décentralisation est en pleine discussion au parlement comme au gouvernement et est très mal comprise et appréciée par la population qui y voit les germes d’une « balkanisation déguisée ». Le gouvernement sous pression internationale s’y est pris fort tard et tente de mettre les bouchées doubles pour faire passer le message.
La cohésion nationale, nouveau leitmotiv politique du pouvoir passe en ce moment par les Concertations Nationales qui au départ devait rassembler toutes les couches de la population mais surtout les antagonistes politiques. Ces derniers ayant décliné l’invitation, il faudra trouver une autre solution pour réconcilier pouvoir et opposition sur un même thème. La restauration de l’autorité de l’Etat dépendra de la visibilité des réformes mises en œuvres.

L’évaluation des progrès constatés par ce mini sommet de New-York marque sans doute une étape essentielle dans le processus de paix amorcé depuis Addis-Abeba. Il met à l’épreuve la capacité des différents leaders des pays impliqués à trouver une issue au conflit qui déchire la région depuis deux décennies tout en rappelant que ce n’est pas la première fois que l’on se congratule en haut lieu alors que sur le terrain les faits indiquent le contraire. Le peu d’intérêt que les congolais accordent à ces rencontres montrent à suffisance la lassitude qu’elles ont engendré au fil des ans. A ce stade, on ne peut attendre mieux de la part de Kabila et de son gouvernement, mais on peut se poser la question de savoir pourquoi ont-ils attendu une crise si profonde pour mettre en place des réformes nationales aussi utiles que nécessaires?

Comme l’a dit l’un des intervenants à cette réunion directement concerné par la situation: « Let’s translate words into action ». L’issue des pourparlers de Kampala, dont le président Museveni a été félicité pour ses bons offices, prévue cette semaine en sera une des premières indications, « wait and see ».

©WakatiYetu

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