Kabila à l’ONU: Cri de détresse et hypocrisie

Le président Kabila le 25/09 à la tribune des Nations Unies, New-York ©UN Photo/Ryan Brown

Le président Kabila le 25/09 à la tribune des Nations Unies, New-York
©UN Photo/Ryan Brown

En 2012, au cinquième mois des hostilités entre le M23 et les FARDC, le président Kabila dénonçait les « ennemis de la paix » nourris par l’égoïsme, l’extrémisme et le communautarisme comme étant ceux ayant altéré les efforts de démocratisation, de paix et d’amélioration sociale consentis depuis une décennie.
Sans en stigmatiser directement les auteurs, ce qu’on lui a mainte fois reproché, il impliquait le chaos engendré par ces combats à des « forces négatives dirigés par des éléments impénitents du fait de leur grande capacité de nuisance et de soutiens extérieurs ». (Discours 2012)

Force est de constater qu’une année après, la situation a certes évolué, mais pas dans le sens attendu. Malgré la multitude des réunions de haut niveau consacrées à la recherche de solutions, les combats sont toujours d’actualité, entraînant un flot toujours aussi incessant de déplacés et réfugiés à travers la région.

A la tribune des Nations Unies, cette fois, le président Kabila a sans toutefois les citer, pointer d’un doigt accusateur ceux qu’ils considèrent comme étant à la source du drame que vivent les populations de l’Est en situant les prémices des problèmes à l’accueil des réfugiés rwandais dès 1994, acte qualifié de hautement solidaire dans son discours. La RDC ne serait finalement que la victime de son hospitalité. L’évocation en ces termes des réfugiés dont la large majorité est composé des hutus n’est pas anodine dans le contexte actuel.

Le pouvoir au Rwanda ainsi que le M23 ont souvent accusé Kinshasa de protéger une frange de la communauté hutu (FDLR issus des génocidaires de 1994) hostile à Kigali et de l’utiliser comme partenaire militaire pour défendre ses positions face aux communautés tutsis vivant dans les provinces de l’Est et prétendument défendues par le M23. Dans son allocution, on pourrait se demander si dans l’acte de générosité évoqué par Kabila, il y a le fautif, le bouc-émissaire ou le regret de n’avoir pas fait le tri entre populations civiles et ex-militaires rwandais de triste mémoire.

Il a eu pourtant plusieurs opérations conjointes approuvées par les deux pays pour mettre fin aux menaces de ces FDLR dont les résultats apparaissent actuellement comme peu probants. Kigali et Kinshasa s’accusant mutuellement de ne pas y avoir mis fin intentionnellement.
N’est-ce pas troublant qu’aujourd’hui, alors que le camps « kabiliste » a toujours rejeté la faute à Mobutu pour avoir largement ouvert  les portes du pays à ces réfugiés (et le chaos qui a suivi) afin de redorer son image internationale et maintenir son pouvoir chancelant, que l’acte « maladroit » du défunt Maréchal soit devenu héroïque et salutaire? Il faut croire qu’en ces temps de cohésion nationale, l’histoire se réécrit au gré des attentes.

Mais plus surprenant encore, Kabila président aujourd’hui qui n’était pas sur le sol congolais à l’époque, a avec son père, aidé les rebelles rwandais d’alors devenus depuis maîtres du Rwanda à pourchasser ces FDLR au point de trouver là une bonne raison pour envahir le Zaïre (RDC aujourd’hui) de Mobutu et le démettre de ses pouvoirs. Kabila qui a servi aux côtés de ceux qu’il accuse aujourd’hui est soudainement frappé d’une amnésie partielle, ou alors,  il joue parfaitement son rôle d’homme sans histoire dont le pays est agressé « de son plein gré ». En somme, une formidable scène d’hypocrisie.

Coincé entre une pression nationale croissante et ses engagements internationaux qu’il compte respecter « à la lettre », le discours de Kabila sonne comme un ultime appel à l’aide, un cri de détresse, extrême gesticulation d’un homme qui se noie dans son propre bassin. Face à ces ennemis qui de façon répétitive ne respectent ni la charte de l’ONU, ni la base des relations internationales comme il le dit, le président Kabila demande une fois de plus, non seulement des condamnations, mais des sanctions pour affirmer la responsabilité et la crédibilité de la communauté internationale sur qui il pose désormais tous ses espoirs.

Comme dit l’adage: « Quand on se noie, on s’accroche à tout, même au serpent ».

©WakatiYetu

*Discours du président Kabila à lire ici

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