RD Congo, où va notre démocratie?

Le Palais du Peuple à Kinshasa, siège du Parlement. ©skycrapercity.com

Le Palais du Peuple à Kinshasa, siège du Parlement. ©skycrapercity.com

A deux ans des prochaines élections présidentielles et législatives, il est certes prématuré d’établir le bilan définitif du deuxième mandant du Président Kabila, même si plus rien de significatif n’est à attendre d’ici-là. L’enjeu est maintenant strictement politique; il faut préparer les scrutins à venir en plaçant hommes et structures dans les « espaces clés », ceux nécessaires pour conserver les parcelles du pouvoir chèrement acquises et pour en gagner d’autres.

Après les élections chahutées de 2006, celles de 2011 qui devaient corriger les erreurs de jeunesse d’une démocratie balbutiante ont au contraire plongé le système électoral dans un gouffre rendant sa survie presque hypothétique. Tricheries présumées ou avérées, contestations des résultats, annulations et reports des scrutins; la base qui sert de fondations à la démocratie a été attaquée de toute part. Et si les murs tiennent encore debout, c’est seulement parce qu’ils sont soutenus par une « communauté internationale » qui à juste titre ne veut pas voir ses intérêts commerciaux et politiques partir en fumée. Principal « sponsor » et organisateur des premières élections post-mobutiste, celles de 2016 devraient suivre le même canevas.

La majorité: ratisser large

Avec les 3/4 des députés à sa merci dans les deux chambres du parlement, la majorité au pouvoir n’a pas de soucis à se faire pour mener le pays là où bon lui semble. Fort de sa surreprésentation parlementaire, lois, décrets et ordonnances ont quasiment la voie libre. Il y a bien des discussions contradictoires déclenchées par l’opposition mais sa faible présence et surtout sa dispersion ne font pas le poids. A part le vote « contre », l’opposition n’a souvent que le choix de s’abstenir ou de quitter la salle des débats pour manifester sa désapprobation; ce qui au final, n’a pas grande influence sur le processus.

Malgré cette omniprésence institutionnelle, le camps présidentiel a décidé d’élargir encore plus son influence. En organisant les Concertations Nationales et surtout en promettant de faire entrer au gouvernement des membres de l’opposition, la majeure partie des indécis, des impatients, des revanchards, des opportunistes et touristes politiques n’a pas hésité à prendre en mariage les filles du village voisin, fusse-t-il l’ennemi d’hier, au nom de la sacro-sainte « cohésion nationale » devenue le leitmotiv de cette fin de mandat difficile. jusqu’ici disciplinée, elle pourrait à force de grossir, devenir ingérable au fil du temps.

L’opposition: la dispersion

Elle n’était déjà pas unie avant les élections de 2011, elle est aujourd’hui complètement éparpillé et confuse. Aux premières divisions post-électorales entre radicaux contestataires et fatalistes pragmatiques se sont ajoutés ceux ayant participé ou pas aux Concertations Nationales, ceux qui veulent sauver la nation, ceux qui rêvent d’un « vrai dialogue », et plus récemment ceux qui se disent républicains, se réclamant d’une opposition constructive en phase avec les institutions et la dynamique politique; tout un programme.

Qui s’oppose à qui, à quoi? Sans idéologie politique si ce n’est la volonté de décrier l’incurie gouvernementale et d’envisager une alternative au pouvoir, on se perd dans les méandres de ce désordre organisé. Il y a ceux qui sont restés attachés au contexte électoral de 2011 et ceux qui lassés de vendre du vent pensent déjà aux scrutins de 2014-2016.

La diaspora: le cercle vicieux

Cette douzième province si particulière réputée acquise à l’opposition mais qui n’a toujours pas droit au vote « tourne en rond ». Partagée entre les sempiternels slogans radicalement hostiles à la seule personne du Président Kabila et l’attente d’un changement que personne n’est en mesure d’incarner depuis que le leader attitré est devenu aussi muet qu’incompris.

Si socialement et économiquement, elle est de plus en plus un atout pour les familles restées au pays, abreuvée de rumeurs et d’informations futiles, elle reste politiquement inutile mais médiatiquement assez bruyante. Quelques partis nationaux y ont bien des représentations  mais force est de constater qu’elles sont tout aussi désorganisées et pour la plupart même pas reconnues officiellement dans les pays qui les accueille. Financièrement démunies, elles tirent le diable par la queue s’alliant à n’importe quelle cause du moment que celle-ci soit contre le pouvoir en place.

2016 si près, si loin

Les récentes péripéties ayant entouré le lancement à l’Est du pays de la « caravane de la paix » initié par l’U.N.C. (Union pour la Nation Congolaise) et son président Kamerhe ont montré à quel point il sera difficile pour toute personne se réclamant de l’opposition « contestataire » d’avoir accès à l’espace démocratique et critiquer aisément le camps opposé et son chef. Il indique aussi que la campagne électorale devant aboutir aux présidentielles de 2016 est lancée et elle partira des provinces l’Est dont les enjeux sécuritaires auront constitué le plus gros des activités de ces dernières années. Pour les uns, transformer les victoires militaires en succès politiques, pour les autres, démontrer qu’avec les mêmes hommes et les mêmes méthodes, les conflits resteront un perpétuel recommencement.

Locales, urbaines, provinciales et sénatoriales, qu’elles soient directes ou pas, celui qui placera le plus de « pions » sur l’échiquier aura manifestement le meilleur contact avec la base utile pour faire passer son message. Si l’U.N.C & alliés partent si tôt (au risque de s’essouffler en chemin), c’est qu’ils ont compris que le retard sera long à rattraper et la route pleine d’embûches. Quant aux autres, ne bénéficiant visiblement pas des moyens de communications et financiers utiles à une telle propagande, ils attendent sans doute le dernier tour de piste pour essayer de s’attacher au peloton de tête, au risque de passer une fois de plus à côté des enjeux électoraux ou pour les plus chanceux de servir de lièvre pour les vainqueurs et en espérer une rétribution.

Liberté d’expression, justice & élections

Si les institutions démocratiques sont en place, c’est plutôt du côté de leur gestion que les problèmes sont légions. La liberté d’expression est tolérée mais dépend encore du bon vouloir du ministre des médias ou de son officine attitrée qu’est le Conseil de l’Audiovisuel et de la Communication (C.S.A.C.). La justice donne toujours cette impression d’être aux mains du ministère de l’intérieur et la sûreté de l’Etat mettant les juges et la société civile politiquement orientés au rang d’observateurs ou plus cyniquement de décors.

La commission électorale dite indépendante (C.E.N.I.), mise en place pour remplacer les deux précédentes organisations accusées de partisanerie et de malversations, subit à son tour les mêmes reproches avant même qu’elle ait entamée quoi que ce soit de probant. Mélangeant les débats de forme et de fond, ses détracteurs qui se retrouvent en grande partie du côté de l’opposition alimentent une suspicion fondée sur les expériences précédentes de 2006 et 2011 qui faut-il le rappeler n’ont pas laissé les souvenirs démocratiques attendus.

Organiser des élections dans un tel climat de méfiance n’augure évidemment rien de bon. Mais faut-il tout sacrifier au nom de l’imperfection? 32 ans de mobutisme suivi du règne des Kabila qui dure depuis 1997 ont rendu le congolais méfiant à tel point que le « tous pourris » est devenu la norme de l’identité politique. Selon les opportunités, on est tantôt opposant, tantôt « mouvancier ». La promesse d’un gouvernement de cohésion nationale au lendemain des Concertations Nationales en est l’illustration. Elle aura réussie à diviser ce qu’il restait de l’opposition post 2011 tout en garantissant une majorité plus large à la veille des prochains scrutins.

Que l’on approuve ou pas les démarches des uns et des autres, que cela s’apparente ou pas à un exercice démocratique, il est primordial si l’on veut participer à l’amélioration de la situation actuelle, de participer à la pièce qui se joue et de préférence là où l’occasion s’y prête le mieux. Les spectacles de rue ont sans doute leur utilité dans l’instant, mais se retrouvent très limitées sans appui législatif. Au delà de l’écho médiatique, le boycottage permanent des institutions ne mène à rien. Il exprime à juste titre l’exaspération et la lassitude face au courant dominant mais ne constitue pas une solution sur le fond.

« Le temps qui passe n’attend pas l’homme qui s’arrête en chemin »

©WakatiYetu

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