Que faut-il réviser en RDC, les hommes ou la Constitution?

Kinshasa, 20.11.2011, Kabila prête serment pour son 2ème mandat ©AP

Kinshasa 20.12.2011, Joseph Kabila prête serment pour son 2ème mandat présidentiel ©AP

Depuis l’annonce par la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) de la reprise du processus électoral suspendu malgré lui après les scrutins chaotiques de 2011, la révision constitutionnelle est devenu le nouveau point de désaccord entre la majorité au pouvoir et l’opposition, et entre les deux, l’électeur congolais dont on s’approprie aisément la paternité de part et d’autre. Sous-entendu de cette guerre des textes, la représentation au prochain scrutin présidentiel de l’actuel tenant du pouvoir, même si officiellement, il ne s’agit que pour l’instant d’une modification permettant de passer au scrutin indirect pour les élections provinciales au motif que ce mode coûterait beaucoup moins cher à un Etat tirant constamment le diable par la queue pour boucler son budget annuel.

« Kabila, to tondi yo nanu te »

Dans un pays où le culte du chef a été poussé à l’extrême durant les trois décennies mobutistes, il n’est pas étonnant que des slogans aussi puérils soient lancés par des citoyens de premier plan censés enseigner les vertus d’une démocratie certes naissante, mais garantie par une Constitution acceptée de tous depuis presque 10 ans. Modifier la Loi fondamentale d’une jeune démocratie peut se comprendre, mais quand ce changement n’intervient qu’à l’approche des élections présidentielles, on est en droit de se poser des questions sur l’opportunité d’une telle démarche. A ce titre, les révisions de 2006 et 2011 sont des exemples éloquents illustrant cette dérive.

On pourrait reprocher aux uns de mettre sur table un débat qui n’a pas lieu d’être si les lieutenants du premier concerné ne s’épandaient pas publiquement de leur crainte de voir les privilèges « chèrement »acquis disparaître comme l’eau dans la main, écorchant un peu plus par la même occasion, l’image déjà peu reluisante de celui dont ils se font les porte-paroles. Les arguments qu’ils avancent témoignent plus du sentimentalisme que de la rationalité. Les plus courants étant que deux mandats ne suffisent pas pour parfaire les « 5 chantiers et la révolution de la modernité » initiées depuis 2006 et 2011 ou encore qu’une alternance politique en haut lieu serait précipitée et contre productive pour un pays si instable. Et si le débat se focalise sur un troisième mandat, c’est plus la présidence à vie qui est visée. De toute évidence, le mobutisme n’aura servi de leçon qu’à très peu. Recyclés en démocrates depuis que le pays organise des élections, la nature des anciens adeptes du maréchal déchu revient au galop, dirait-on!

« Touche pas à ma Constitution »

Nouveau né d’une fratrie qui comprend les très médiatique « Kabila doit partir, Kabila dégage, Malumalu dégage & Cie), ce slogan bien que suffisamment expressif est une arme bien faible face aux enjeux. Si d’un point de vue populiste, il fait allusion au mandat présidentiel, sa définition est quelque peu incomplète et imprécise.

La Constitution n’est pas intouchable mais ne se lit pas non plus à la « tête du client ». Il en va de même pour le débat qui pour s’asseoir a besoin que l’on définisse clairement ce qui est dans l’état actuel susceptible d’être modifié et pour quel(s) raison(s), étant entendu que les réfractaires d’aujourd’hui, jugeant tout changement inopportun, ne sont pas contre une future modification des textes. Eviter la confrontation ne fait que repousser une discussion qui se reposera de nouveau vu le retard législatif accumulé depuis 2006.

D’autre part, cette alerte lancée par les opposants à la révision constitutionnelle aura eu le mérite d’éveiller la conscience de tous ces citoyens lassés du cirque politique incessant faisant fi des principes pour ne prendre en considération que l’aspect opportun de l’exercice du pouvoir.

Radicalisme ou conciliation?

La CENI que l’on voudrait indépendante comme l’est indiqué dans sa charte a dans le conscient collectif un penchant à favoriser les institutions établies même si on retrouve en son sein les trois composantes principales du paysage politique national: majorité, opposition et société civile. La personnalité et la désignation de son président ne plaide pas en sa faveur si on tient compte de ses accointances avérées avec le pouvoir en place depuis près de 15 ans. Qu’à cela ne tienne, il faut bien un homme pour s’acquitter de cet tâche ardue et les saints ne sont pas légion ici bas. De toute façon, même s’il en existait un, il serait de toute évidence soupçonné d’avoir un parti-pris pour « le bon Dieu ».

Coincée (à dessein) entre la poursuite du processus électoral inachevé de 2006 et celui de 2011 qu’il faut conclure, la bataille entre la primauté des locales, municipales, provinciales et sénatoriales sur le calendrier, la commission électorale a quasi perdu le rôle d’arbitre qui lui était dévolu au profit d’organismes supranationaux à qui elle doit sous-traiter sa logistique et ses finances.

Ceci dit, il faut que la nation avance, que le système démocratique s’améliore, que les hommes politiques s’amendent, qu’un lien entre textes, citoyens et institutions s’installe. Les élections opposent inévitablement deux camps, mais elles n’interdisent pas pour autant la consensualité quand la machine politique se cabre dans un sens comme dans l’autre excluant par cette attitude des priorités toutes aussi importantes que l’accession au pouvoir.

Responsabilité, redevabilité et transparence

Les Concertations Nationales convoquées en 2013 ainsi que les sommets régionaux ou internationaux impliquant le pays n’ont certes pas eu l’assentiment de l’entièreté de la classe politique, mais on ne peut pour cette raison les extraire du chemin que prend le pays actuellement. De la même manière, le « vrai » dialogue demandé par divers personnalités politiques ne peut continuellement s’inscrire dans une vision dichotomique ou l’avis de l’un doit supplanter celui de l’autre. Le système démocratique dans lequel le pays s’est engagé n’est visiblement pas encore au point et ne nécessite sûrement pas qu’on lui rajoute des obstacles insurmontables. Il est nécessaire d’y apporter un apport constructif constant, quitte à devoir faire des brèches dans le clivage figé majorité-opposition. Cela ne devrait pas être compliqué vu que les deux blocs n’ont aucune idéologie politique propre. Des concertations fréquentes entre acteurs politiques des deux bords sur les sujets déclencheurs de crise seraient de bonne augure dans ce contexte.

De nombreux défis, prioritairement sociaux, auxquels le pays fait face aujourd’hui se confondent encore avec les ambitions des élus soutenues par une génération d’hommes issue de l’ancien régime s’accrochant à corps perdus aux branches de l’histoire. A supposer que le vent ne les fasse pas tomber naturellement, il faudra penser à secouer vigoureusement l’arbre…

©WakatiYetu

 

 

 

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Un commentaire pour Que faut-il réviser en RDC, les hommes ou la Constitution?

  1. Eugene HABARUGIRA dit :

    Si les deputes provinciaux sont élus par les conseilers municipaux, seront ils encore être appelés élus du peuples? je pense que son excellence Monsieur le president de la république devrait laisser le peuple exprimer son choix, si non ou sera la redevabilité vis-à-vis de la population que ce soit du coté presidentiel que municipal?

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