Kabiliste ou Tshisekediste: faut-il choisir?

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J.Kabila et E.Tshisekedi    ©Vincent Fournier

Les politiciens congolais sont souvent définis non pas par leur appartenance idéologique mais plutôt par leur affiliation à la majorité au pouvoir ou non.

Contrairement à d’autres pays appliquant le multipartisme démocratique, les élus sont associés à l’idéologie du parti qu’ils représentent. On dira, un socialiste, un libéral, il est de gauche ou de droite et même des extrêmes. On parlera de républicain ou de démocrate, des conservateurs ou des travaillistes, des sociaux démocrates, des libéraux ou des écologistes etc…

En RDC par contre, tout est lié à l’exercice du pouvoir ou non, et il n’est pas rare de voir la presse présenter les hommes politiques de cette manière (l’opposant tel, le kabiliste untel,…). La démocratie étant à ses balbutiements, les partis politiques n’ont quasi pas de doctrine. Dans leur majorité, ils font tous allusion au bien-être social et au progrès économique sans fil conducteur apparent. Les besoins étant encore basiques; routes, eau, électricité, justice et nourriture détaillent les programmes électoraux.

De ce fait, les acteurs politiques se partagent en deux camps. Ceux au pouvoir et ceux qui n’y sont pas. La démarcation relève alors d’un simplisisme plat; on est de la majorité présidentielle ou de l’opposition. Les deux camps étant représentés généralement par deux figures politiques emblématiques. Encore faut-il définir les contours de ces deux fortifications. S’il est facile de délimiter la mouvance présidentielle, il n’en est pas de même pour les « opposants » tant on sait qu’ils s’opposent à tout ou rien selon l’actualité. Tantôt aux institutions, parfois aux hommes qui les représentent ou carrément aux lois de la république.

On est kabiliste ou tshisekediste, quelque fois lumumbiste pour les nostalgiques et péjorativement mobutiste pour quelque uns. Ces deux derniers pouvant se retrouver aussi bien dans les arcanes du pouvoir comme dans les méandres de l’opposition. On ne sait presque rien sur leurs motivations si ce n’est celle de conserver le pouvoir pour les uns et de le conquérir pour les autres. Quelques voix se sont fait entendre pour parler d’une troisième voie, mais ce mouvement s’est finalement rallié à une frange de l’opposition réputée républicaine.

Au final, c’est le citoyen qui se perd, obligé sans cesse de justifier son appartenance de peur d’être associé à ce qui pourrait apparaître pour la tare du moment. Ce clivage montre aussi à quel point le système politique est encore immature en RDC. L’élite sensée éclairer le peuple obstrue la voie de l’éducation politique en restant confiné dans un simple duel de personne et d’ego.

En RDC, on est kabiliste ou pas, de l’opposition radicale ou pas et on n’a pas d’autres choix. Déclarer n’être ni de l’un ni de l’autre paraît suspicieux aux yeux de ceux qui ont déjà choisi leur église. Peux-t-on réduire tout un peuple à si peu de considération?

©WakatiYetu

 

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Un commentaire pour Kabiliste ou Tshisekediste: faut-il choisir?

  1. rtkapend dit :

    La République Démocratique du Congo : Culture politique ou l’autoreproduction des dictatures?

    De l’actuel débat sur la révision ou non de la constitution, de la polémique autour de l’état de santé du leader de l’UDPS, Mr E. Tshisekedi ou encore du cas J P Bemba qui continue en toute quiétude de diriger son parti politique le MLC à partir des cellules de Scheveningen à la Haye où il se trouve ; tout porte à croire que le terrain politique en RDC est plutôt fertile à la production au compostage et à la perpétuation des dictatures qu’à autre chose.

    En République Démocratique du Congo, les partis politiques qui devaient en principe jouer le meilleur rôle dans la formation et l’information de l’opinion, sont malheureusement créé et dirigé comme des entreprises privées où les faits et gestes du propriétaire n’appellent à aucune alternative moins encore à une contradiction quelconque de la part des employées. De la même façon, certains services publics sont foncièrement à la merci des gestionnaires ainsi que leurs proches.

    Pendant que les uns parlent du besoin de l’alternance démocratique et les autres de l’instauration d’un état de droit pour sortir ce pays du marasme politique dans lequel il semble sombrer depuis la nuit des indépendances, et dans lequel tous les problèmes semblent se poser avec la même urgence et légitimité, d’aucuns ne réfléchissent sérieusement à l’autonomisation du Congolais pour ainsi l’aider à prendre en charge de façon responsable son destin collectif.

    Il est fort probable que la RDC ne va pas, ne doit pas et ne peut pas bruler les étapes pour ainsi mériter le précieux adjectif « démocratique » gravé presqu’avec sarcasme dans son nom. En autonomisant le Congolais il est possible non seulement de moraliser sa classe politique, mais aussi, d’éradiquer graduellement ce cycle infernale d’autoreproduction des dictatures. Cette éradication devra impérativement tirer ses racines dans nos familles, nos rues, nos quartiers et ainsi de suite …

    … faute de quoi, toute idée d’un Congo démocratique sera souvent atermoyée quand elle n’est pas balayée du revers de la main par l’agissement des mêmes Congolais qui pourtant prescrivent profusément l’envol démocratique de ce beau pays.

    Être démocrate est avant tout un état d’esprit …

    Richard Kapend

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