Un nouveau gouvernement, un nouveau souffle pour Kabila ?

« Mieux vaut tard que jamais » diront les plus optimistes. « A quoi bon? » les plus septiques.
Avec 48 membres, le nouveau gouvernement confié une fois de plus à Matata Ponyo n’est sûrement pas l’exemple d’économie budgétaire attendu en période d’austérité, mais la cohésion nationale souhaitée par le président Kabila est à ce prix. Il aura fallu calmer les frustrés de 2011 de son propre camp, remercier ceux qui ont soutenu et participé aux Concertations Nationales et agrandir la majorité au pouvoir en vue des prochaines échéances électorales.
Compte tenu des plaintes liées au genre, à la répartition géographique et à l’insignifiante participation de la société civile, la distribution loin d’être parfaite subira sûrement l’un ou l’autre (ré)ajustement en cours de route.

La chute des technocrates

Qualifié sans doute péjorativement de gouvernement des surdoués, la précédente équipe composée en grande partie d’universitaires pragmatiques n’a jamais fait l’unanimité au niveau politique. Auréolé de chiffres macroéconomique remarquables et d’une réorganisation administrative des services de l’État toujours en cours, il lui a été sans cesse reproché de ne pas en voir les effets sur le terrain.

Si la bancarisation des salaires, la rénovation de plusieurs infrastructures publiques (ponts, routes, écoles, hôpitaux,…), la mise en place de projets ambitieux (Congo Airways, Bukanga Lonzo, fibre optique, TNT, Transco…), les reformes de la police et de l’armée marquent les efforts entrepris pour améliorer la vie des congolais, les problèmes plus basiques comme l’accès à l’eau courante et potable, l’électricité, le panier de la ménagère, la sécurité nationale et urbaine, l’accès aux soins restent des défis à relever tant la population y est confronté quotidiennement.

Le retour des caciques

La nouvelle mouture gouvernementale fait la part belle aux partis politiques et à leurs dirigeants. A l’instar du parti présidentiel (PPRD), présidents et secrétaires généraux ont remplacé les professeurs d’université et hauts fonctionnaires de l’exécutif sortant. Ils ne sont pas moins d’une dizaine à entourer le premier ministre qui du reste apparaît comme le seul véritable rescapé de cette purge. Pas sûr qu’il ait les mains libres, maintenant qu’il se retrouve emputé de sa cours d’assistants qui l’aidaient à gérer les finances et le budget de la république. Longtemps décrié par les nouveaux venus, la pression ne sera que plus forte de l’intérieur, sa résistance va sans doute atteindre ses limites avant qu’il aille au bout de sa mission.

La conjoncture actuelle est telle qu’il est presque certain que les nouveaux seigneurs ne feront pas mieux que les déchus, mais ils profiteront généreusement des retombés même substantielles des activités initiées par leurs prédécesseurs. En période électorale, ces résultats leur seront sans aucun doute utiles.

L’ éclatement de l’Opposition

Minoritaire depuis les dernières élections générales, elle ne va pas mieux après ce premier remaniement gouvernemental de la législature 2011-2016.

Le débauchage spectaculaire, mais pas étonnant des cadres du MLC (Mouvement de Libération du Congo) a montré une fois de plus la fragilité de ce contre pouvoir qui s’effrite au fil des mois.

En ordre dispersé dès 2011, théoriquement réunis au Parlement, les attentes et ambitions des uns ont fini par miner le camp des radicaux entraînant le morcellement de cette union hybride en plusieurs plateformes presque concurrentes. Opposition parlementaire, radicale, républicaine, populaire, transitoire, vraie, … A chaque circonstance politique, il s’est créé de nouvelles alliances, des fronts communs ou des rapprochements entre partis au prétexte d’une lutte partagée de tous mais qui tarde à être gagnée.

A mi-chemin des prochaines élections, il ne leur reste pour la plupart que la peau des os. Très peu organisés, coincés financièrement, englués dans des conflits internes, certains n’ont pas eu d’autres choix que de répondre aux chants racoleurs du pouvoir en place. Grand ou petit parti, si ce n’est pas au gouvernement, ce sera les entreprises publiques ou les missions d’État.

Au diable l’idéal républicain, et comme disent ceux qui ont lâché prise: « l’Opposition n’est pas un metier ».

Nouveau départ ?

 » Vous l’avez compris, c’est donc à un nouveau départ que je convie ce jour le peuple congolais » lancait le Président Kabila lors de son discours face au congrès pour saluer les résolutions issues des Concertations Nationales.

Ce nouveau gouvernement n’est qu’un acte d’une pièce jusqu’ici savamment montée pour conserver les acquis et tant que l’on y est, les perpétuer le plus longtemps possible.

Il s’intègre dans un schéma qui comprend déjà la réorganisation du commandement militaire, de la police, des commissions étatiques (CENI, CES, CC, CNDH, ONIP …)* et plus tard des administrations territoriales décentralisées.  

En entourant la « tête » d’autant de précautions, les tenants du pouvoir actuel misent sur une omniprésence politique capable d’étouffer ou de marginaliser toute forme de concurrence politique à l’échellon national. L’époque du parti-état étant révolue, autant avoir une opposition interne et contrôlable, c’est plus prudent.

Ceci pourrait donner l’impression que Joseph Kabila est remarquablement entouré pour s’assurer une présence indéfinie à la tête du pays, mais d’un autre côté, il apparaît tout autant prisonnier de son propre appareil politique.

L’ arrivée en force des politiques et des caciques du régime au sein du gouvernement va inévitablement accentuer la cassure entre lui et la population. Son message était jusqu’ici peu audible, il risque d’être encore plus brouillé, secoué entre l’envie de paraître différent du l’ère mobutienne, de tenir ses promesses et de disposer d’un peu plus de temps pour atteindre ses objectifs.

Pour y arriver, il faudra choisir entre la confiscation du pouvoir ou une alternance plus subtile qui n’est pas sans risques.

Rester ou s’éclipser un temps (au mieux le plus court), pour mieux réapparaître…

©WakatiYetu

*CENI: Commission Electoral Nationale Indépendante

*CES: Conseil Économique et Social

*CNDH: Commission Nationale des Droits de l’Homme

*CC: Conseil Constitutionnel

*ONIP: Office National d’Identification de la Population

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