L’état de la nation 2014: Le bilan pré-électoral de Joseph Kabila

Très attendu compte tenu du contexte actuel, le discours sur l’état de la nation du Président Kabila a été quelque peu inhabituel et particulièrement long cette année, et cela pour plusieurs raisons.

Il intervient premièrement après celui consacré essentiellement aux conclusions des des Concertations Nationales dont les applications peinent à être visibles. Deuxièmement, en plein débat houleux sur l’organisation des prochaines élections, son avis (ou sa position) fait l’objet de toutes les attentions. Troisièmement, les récents massacres en territoire de BENI reposent la question sur la sécurité toute relative que l’on constate à l’Est du pays. Pour finir et non des moindres, la question sociale qui après la nomination du nouveau gouvernement dit de « cohésion nationale » reste la mission prioritaire du nouvel exécutif.

Paix & Sécurité

Après avoir célébré la défaite et l’exil du M23 par les accords de Nairobi, il aurait sûrement préféré parler de paix retrouvée et de sécurité garantie. Malheureusement, les horribles massacres qui se déroulent régulièrement à BENI et ses alentours témoignent encore du chemin à parcourir pour assurer aux congolais la tranquillité mainte fois promise.

« Penser dans ce domaine que les résultats obtenus sont irréversibles, c’est faire preuve d’une naïveté et d’une cécité également coupable »

Il aurait pu aussi parler de l’insécurité constante au Katanga, de la question des FDLR et de la délinquance urbaine toujours présente à Kinshasa, constat non élogieux qui met à mal l’éternel slogan sur la paix et la sécurité restaurées sur la quasi-totalité du pays.

Tout en soulignant son importance et sa contribution au fil des années, pour le première fois, le Président Kabila a demandé à la MONUSCO de penser à diminuer ses effectifs, estimant que les enjeux nécessitant un tel déploiement ne sont plus de mise. Une vraie révolution!

Cycle électoral

Dossier sensible où le moindre avis même futile engendre des débats passionnés et virulents. Que ce soit sur la forme ou le fond, il n’y a aucun intérêt autant pour lui que pour sa famille politique de se prononcer dans les détails. Se rangeant strictement derrière la loi, il a assuré que toutes les élections se dérouleraient comme prévu en fonction des ressources alloués par le législateur à la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) tout en précisant la nécessité de l’Office National d’Identification de la Population dans l’achèvement du processus électoral. Détail qui ne manquera pas de soutenir les prochaines discussions sur la préséance du recensement de la population sur l’enrôlement des électeurs et vice versa.

S’agissant du débat constitutionnel et ce qui en découle, il dénonce ceux qui s’adonnent aux procès d’intention et déplore l’ingérence obsessionnelle des personnalités non-congolaises et de ceux parmi les nationaux qui y recourent au lieu de privilégier un dialogue national auquel il reste ouvert. Faisant allusion à Kimpa Vita, Kimbangu, Lumumba, Gizenga et Mzee Kabila, il appelle les acteurs congolais à s’inspirer de leur sagesse et maturité face à ce qu’il qualifie d’injonctions de la part des partenaires occidentaux pour soi-disant régler une crise politique selon lui n’existe pas. On notera que le Président Mobutu a été délibérément oublié dans cet éloge aux relents nationalistes.

Progrès social & économie

Sans grande surprise, ce volet sera resté aussi théorique que l’on été les précédentes allusions dans les différents discours. Globalement, il constate ce qu’il convient d’appeler une amélioration (comparaison faite avec l’état du pays à son accession au pouvoir) mais qui est encore insignifiante aux yeux de la population. Si les services de transport public s’améliorent principalement à Kinshasa, il n’en est pas de même dans le reste du pays. L’accès à l’énergie reste dépendante de l’évolution du projet du Grand Inga et de la réhabilitation et de la maintenance des structures déjà existantes. C’est dire que les problèmes ne sont pas prêts d’être résolus à court-terme.

Des efforts doivent être entrepris dans le domaine de l’éducation afin d’équilibrer l’offre et la demande professionnelle en donnant une priorité aux secteurs techniques dont la main d’oeuvre qualifiée fait défaut. Progrès qui doit être soutenu par la poursuite des constructions d’établissements scolaires à un rythme régulier, soit 1000/an.

Transformer l’économie en assainissant le climat des affaires (frais de douane, taxes illégales, corruption, tracasseries administratives, …) et surtout en instaurant des passerelles entre les secteurs privés et publics. Les programmes industriels et la mécanisation agricole devront permettre à terme d’améliorer la vie du congolais. Faire profiter les congolais du boom minier et celui des télécoms par l’amortissement futur des investissements qui devraient entraîner le début des distributions des dividendes et des perceptions fiscales qui y sont liés.

Mention spéciale pour la femme pour qui il demande aux institutions publiques (Parlement, gouvernement) et aux partis politiques de prendre les dispositions nécessaires pour aboutir à une parité exemplaire dans le futur. Étonnant qu’il n’ait pas montré l’exemple successivement en nommant les membres du Conseil Constitutionnel et ceux du gouvernement de cohésion nationale.

Bilan pré-électoral et mission du gouvernement

En raison du calendrier politique, ce discours peut être pris comme le dernier avant le bilan définitif qu’il devra inévitablement faire l’an prochain. C’est en cela que celui-ci diffère des précédents par la revue faite des progrès constatés et mis en avant depuis la dernière décennie.

Progrès diplomatique pour remettre la RDC dans le concert mondial. Investissement continue dans l’éducation en citant un budget sans cesse croissant après une stagnation dans les années 90 et la construction de nouvelles écoles. La mise en place des programmes agro-industriels en vue d’une auto-suffisance alimentaire et la transformation de l’économie afin d’attirer les investissements aussi bien nationaux qu’étrangers en commençant par assainir les milieux des affaires. Tout ceci soutenu par une paix qu’il estime avoir apporté au pays, malgré les soubresauts fréquents de « l’Est et du Grand-Nord » qui continuent de ternir son image de pacificateur.

Ces dernières années, les promesses prenaient une place importante dans ses discours, catalysant saison après saisons des attentes rarement au rendez-vous. En axant intentionnellement ses propos sur l’idée que le pays est désormais debout et en marche, il espère faire partager son auto-satisfaction après 13 ans de règne tout en demandant au gouvernement tout fraîchement mis en place de parfaire son oeuvre :

« consolider la paix, rendre effective l’autorité de l’Etat, appliquer les recommandations des Concertations Nationales, mettre en oeuvre le processus de décentralisation, appuyer l’organisation des élections, améliorer les conditions sociales de la population et poursuivre la reconstruction du pays ».  

En résumé, Joseph Kabila a essayé de démontrer qu’à ce stade, il a fait sa part du travail en mettant en place les institutions, en redorant le blason du pays sur la scène internationale et en y apportant la paix par la fin de l’état de guerre. En demandant l’implication de la population dans la gestion du terrorisme en dénonçant les complicités nationales et par la main tendue aux réfractaires de son dialogue, il fait ressortir ses limites tout en partageant les responsabilités de l’état actuelle de la nation.

« L’état de la nation est globalement bon »

Il va de soi que sa vision n’est sans doute pas celle de l’ensemble des congolais et est loin d’être appréciée avec les mêmes valeurs. C’est en partie ce que l’issue des prochaines élections laissera entrevoir.

©WakatiYetu

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