Dialogue: La fin des illusions?

Dans un communiqué publié le 13 septembre 2015, l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) suspend sa participation aux discussions entamées depuis près de quatre mois avec la MP (Majorité Présidentielle) sur le cycle électoral censé conduire le pays vers sa première alternance démocratique à la tête de l’Etat. Un aveu d’échec dont le parti politique peine à dissimuler devant une classe politique qui l’a regardé (non sans étonnement) s’engager tête première et surtout seul dans une démarche politiquement suicidaire. Quelles leçons en tirer?

1. L’illisibilité du message

A l’image de ses dirigeants, l’UDPS est un vieux parti dont les méthodes de communication sont restés assez rustres.  Malgré un engagement ferme pour ce dialogue, le but recherché s’est avéré vague ét confus. Contentieux électoral de 2011, Impérium, cycle électoral 2015-2016, des sujets et points de vue aussi variés qu’improbables dans une discussion avec la MP. Mal ou très peu compris, la position du parti et surtout de son chef est plutôt passée chez de nombreux partisans comme une alliance de fait avec le pouvoir.

Ce manque de clarté à carrément ouvert deux fronts antagonistes au sein du parti et l’Opposition dans son ensemble. Les « pro & anti » dialogue n’ont eu cesse de démontrer à coups d’arguments parfois peu courtois, l’absurdité ou non d’une telle démarche à l’aube d’un cycle électoral périlleux. La nature et les circonstances qui ont entouré ces négociations (pré-dialogue) tantôt supposés discrètes, parfois secrètes mais souvent étalées dans la presse nationales ont jeté un discrédit sur le parti et ses dirigeants.

L’idée sournoise du complot, de la trahison, des alliances contre nature s’est fortement incrustée dans les esprits. La rumeur a fait le reste.

2. Myopie politique

Des mois de discussions tantôt à Kinshasa, Bruxelles, Venise ou Ibiza pour finir par se rendre compte que ses « acquis de lutte pour le changement démocratique » étaient en danger. Mais à quoi d’autre peut-on s’attendre quand on cherche un compromis avec celui que l’on présente sans cesse comme le mal politique incarné?

Parti seul et contre tous, l’UDPS s’est retrouvé très vite acculée des deux bords. D’un côté le dialogue lui permet de revenir décemment sur la scène politique après son isolement post-électoral de 2011, de l’autre il s’éloigne de l’idée certes chimérique d’une opposition unie ayant pour but de combattre le pouvoir en place et d’être l’alternative incontournable en 2016.

Très peu aidé par des contestations internes de plus en plus évidentes, le parti donne l’impression de naviguer si pas à vue, à contre courant. Exacerbés par son passé historique et une base militante fidèle, le sentiment que l’on peut encore tout gagner seul a rendu certains caciques du parti sourds et presque aveugles.

3. L’appel à l’aide

Dans la dernière partie de son communiqué, Étienne Tshisekedi appelle les « forces politiques et sociales acquises au changement à s’unir autour de lui pour poursuivre les objectifs recherchés au travers du dialogue ». Manœuvre maladroite et certainement désespérée d’un homme qui se sent délaissé par ses anciens amis.

Maladroite parce qu’il le fait à deux jours d’une importante manifestation organisée par ses frères de l’Opposition contre toute idée pouvant permettre au président en exercice de rester plus longtemps au pourvoir. Idée longtemps prêtée à ce dialogue cher à l’UDPS.

Désespérée parce que ce sursaut de raison arrive bien tard. L’image du parti a été durant ces derniers mois sensiblement écornée. Des propos hostiles et d’une rare violence lui ont été adressés personnellement. La bête (politique) a certainement été blessée.

Vieux, fatigué et malade, l’image du chef a déteint sur celle du parti. Ce lion qui a protégé sa meute et sur qui nombreux ont compté pendant des décennies a désormais besoin qu’on le porte, qu’on ne le laisse pas à l’écart.

4. La porte entrouverte

Le but est proche mais la route est encore longue pourrait-on dire. Le retrait des délégués UDPS de la table des négociations ne veut pas forcément dire qu’il n’y aura plus de dialogue même si certains à l’intérieur du parti en sont convaincus.

Les  enjeux sont tels que, plus tôt que tard, il faudra une discussion politique de haute facture pour éviter que ce problème électoral n’engendre une crise politique inextricable. Que ce soit sur cette forme ou une autre moins médiatique et partisane, le dialogue politique s’imposera de lui-même à tous. En suspendant les négociations actuelles, l’UDPS se donne un peu d’air et entend prendre de la distance avec une évolution de la situation qui manifestement  commençait à lui échapper aussi bien sur la forme que sur le fond.

La partie adverse qui a tout intérêt à éviter des tensions politiques ou sociales a sans doute compris le message.

5. Eviter la crise politique

L’annonce de l’UDPS tombe au plus mauvais moment. Politiquement, le pays entre véritablement dans la dernière ligne droite de ce quinquennat. La session budgétaire du parlement ouvre ses portes dès demain. Le gouvernement doit organiser plusieurs scrutins électoraux en un temps record et préparer en même temps son bilan définitif. D’une façon ou d’une autre, Il faut bon gré mal gré se préparer à l’alternance. Et visiblement, rien n’est prêt.

Se recentrer sur ses propres objectifs devient la priorité aussi bien à la MP que du côté de l’Opposition. Bien connaître son couloir pour négocier les virages dirait un athlète. Le temps (souvent perdu) devient l’allié principal de ceux qui doivent encore se trouver une place avant que la course ne commence.

En défendant à cor et à cri ce dialogue, UDPS s’est engagé sur une voie dont l’issue pouvait paraître incertaine au regard des ambitions affichées par la partie en face. Il faut néanmoins souligner qu’a ce stade, l’UDPS s’en sort plus ou moins bien. En « arrêtant les frais », il a encore toute la latitude et le temps de se replacer sur l’échiquier national à une place plus appropriée.

Du côté de la MP, il va sans dire que le peu d’estime que l’on a pour cette plateforme politique reste inchangé. Tenter de débaucher dans l’Opposition pour s’accrocher au pourvoir est une image qui lui colle à la peau. Elle n’en a cure d’ailleurs, la fin justifie les moyens.

Pro ou anti dialogue, là n’est plus la question. Comment éviter qu’une crise électorale ne transforme les pays en un Etat ingouvernable sera le nouveau débat. Les institutions ne pouvant se sauvegarder elles-mêmes que si elles sont coordonnées, une concertation entre la présidence, le gouvernement, le parlement et les principaux groupes politiques serait sans doute utile.

©WakatiYetu

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