Joseph Kabila: En route pour les élections

Joseph Kabila, Président de la République, autorité morale de la MP ©

Joseph Kabila, Président de la République, autorité morale de la MP ©

Le désormais « non-événement » de la très médiatique démission du dernier gouverneur du Katanga Moïse Katumbi aura sans doute accélérer la sortie tout aussi attendue du président Kabila à Kingakati ce dimanche 4 octobre. S’adressant à sa majorité, le président de la république a tenté une mise aux points sur l’actualité présente et future consécutive à l’avalanche des déclarations insinuant des manœuvres politiques dont le but serait de conserver le pouvoir au dépend de la LOI.

Procès d’intention

Depuis son intention de convoquer un dialogue national en vue de préparer les prochaines élections, des voix principalement du coté de l’Opposition se sont levées pour accuser le camp présidentiel de fomenter un énième plan visant à vicier le processus démocratique par une transition qui engendrerait forcement une modification constitutionnelle favorable au prolongement ou au renouvellement du mandant présidentiel actuel.

Initiée par le député de Kinshasa/Funa Ne Muanda Nsemi, cette idée embrassée en son temps par les communicateurs de la MP (Majorité Présidentielle) a cristallisé les oppositions au point de renforcer le sentiment que le dit dialogue ne serait finalement que le laboratoire d’un éventuel report des élections, prémisse de l’incurie institutionnelle. Son personnage quelque peu fantasque aura eu raison de ses « prophéties » politiques.

Mis à part par l’opposition parlementaire dont il se réclame, des propos frisant la xénophobie à l’endroit des non originaires du Kongo-Central dont il se dit être la figure spirituelle et des manifestations chahutées durant son périple « évangélique » sur la transition vont l’inciter à prendre congé (temporairement?) de la vie politique. Situation qu’il impute directement au chef de l’Etat, l’accusant de ne pas l’avoir soutenu dans sa croisade pour la mise en place d’une transition. Par son acte, le député ouvre la porte à une suite de revers que va devoir endurer le camps présidentiel semaine après semaine.

Dialogue: un faux-pas

Vient le tour de l’UDPS (Union pour le Développement et le Progrès Social) qui après plusieurs entrevues avec les envoyés du camp présidentiel ferme la porte du dialogue. Là aussi Joseph Kabila est directement visé. Le parti d’Etienne Tshisekedi l’accuse de pratiquer un double jeu en piégeant cette future concertation de vices dans le but inavoué de mettre la nation sur un fait accompli, le report sine die des élections présidentielles et les conséquences qui s’en suivent avec l’aval de l’UDPS. Se basant sur les récentes recommandations de la Cour Constitutionnelle au sujet du calendrier électoral, l’UDPS se cabre et demande des garanties pour continuer.

Le parti en délicatesse avec une partie de ses membres et de sa base se retire (pas totalement) sur la pointe des pieds du processus cher à la MP  pour qui ce rapprochement (au moins sur l’idée) avec l’UDPS permet de renforcer l’image d’une autorité morale consensuelle et soucieuse de l’avenir démocratique du pays. D’un côté comme de l’autre, on affirme que les portes restent ouvertes au dialogue, mais pour combien de temps et à quels conditions? Son obstination à « dialoguer » avec Joseph Kabila envers et contre le reste de l’Opposition a fragilisé le côté radical du parti et prêté au chef Tshisekedi des ambitions qu’il ne serait plus capable d’atteindre avec les élections seules. Miné de l’intérieur par des dissensions récurrentes, le parti doit se réorganiser et prépare son congrès (de la dernière chance ou du renouveau) dans quelques semaines. La perception que se fera la base et des congolais en général de leur participation à ce dialogue pèsera lourdement sur le destin du parti vieux de 30 ans.

G7: l’alerte des impatients

Après plusieurs tentatives réglées en interne, la dernière lettre de ces sept partis de la MP adressée à leur mentor a sans doute été celle de trop. Premièrement, elle met le cercle du pouvoir dans l’embarras en dénonçant des initiatives politiques « malhonnêtes » à l’intérieur de la majorité. Ensuite, elle arrive au moment où leur autorité morale tente de sauver son dialogue encombré par les doutes et les probables désintéressements qui pourraient suivre. Plus grave, elle ternit l’image du chef dépeint assez maladroitement comme une autorité qui ne sait pas prendre les décisions utiles au bon moment, qui laisse pourrir la situation en espérant y tirer un avantage futur, qui se laisse guider (aveuglement) par les chantres de l’immobilisme idéologique.

La crise gouvernementale qui s’en suit resserre les rangs autour de Joseph Kabila mais ne soigne pas la plaie. Exclusion, démission, repositionnement et finalement un remaniement de l’exécutif achève la purge au sein d’une majorité qui en fin de législature commence peu à peu à montrer des signes d’énervement et d’essoufflement. Il faut gérer les ambitions des uns, les aspirations des autres, le renouvellement des cadres et des idées tout en assurant la cohésion nécessaire pour affronter les échéances politiques qui débuteront dès 2016.

Katumbi s’en va

Où plutôt claque la porte. A quelques jours de la nomination des Commissaires Spéciaux chargés d’administrer les nouvelles provinces en attendant les élections provinciales, il quitte le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) et le gouvernorat du Katanga (ou de ce qu’il en reste). Il le fait avec force et fracas pour bien être entendu par tous. Ce « non-événement » dixit le Ministre des médias Mende Omalanga va faire la une de toutes les rédactions politiques du pays et passer les frontières dans la même foulée.

Emboîtant le pas des précédents récalcitrants, Katumbi reprend la même rhétorique. Respect de la Constitution sur la durée des mandats présidentiels, l’avis de la Cour Constitutionnel sur le calendrier électoral, les manœuvres politiques au sein du parti (PPRD) et de la majorité au pouvoir. La MP secouée depuis plus d’un mois encaisse un nouveau choc et pas des moindres.

A la différence des autres frondeurs comme il est désormais coutume des les appeler, Moïse Katumbi jouit d’une popularité nationale même sans disposer d’un parti ou d’une plate-forme politique nationale. Depuis son accession à la tête du Katanga il y a 10 ans, la province a continuellement été citée comme un exemple de développement et les éclats sportifs du Tout-Puissant Mazembe, club de football dont il est propriétaire, lui ont durant toutes ces années assuré une publicité et une attraction bienveillante. De là à lui prêter des ambitions présidentielles, il n’y a qu’un pas que l’on franchit aisément. Ce détail a pour première conséquence de pousser la MP a réellement se poser l’inévitable question sur les présidentielles: « Si le très médiatique Katumbi est candidat à cette fonction, qui sera celui de la MP étant entendu que le « champion » Joseph ne peut se représenter? »

Kabila veut rassurer mais…

Bien qu’il ne cesse de répéter qu’il respectera la Constitution et toutes ses dispositions, force est de constater qu’il ne convainc toujours pas les septiques. Il faut avouer que sa propre famille politique ne l’aide pas beaucoup en publiant depuis 2012 des idées évoquant ci et là une modification des textes ou pour les plus téméraires une nouvelle réécriture.

Les pétitions lancées dans ce sens en 2014, les associations de soutien à la personne ou l’oeuvre de Joseph Kabila qui fleurissent assez fréquemment, le flou intentionnellement entretenu par les communicateurs de sa plate-forme politique sur un prolongement de mandat qui ne serait pas anticonstitutionnel en faisant référence au sénateurs, députés provinciaux et gouverneurs des provinces qui depuis 2011 ont largement dépassé le terme de leur mandat ont donné à ses détracteurs des arguments pour juger de sa prétendue mauvaise foi.

« …Je ne me souviens pas d’avoir organisé une réunion avec la majorité pour évoquer cette question de la révision constitutionnelle… »

Tout en reconnaissant la liberté de penser au sein de la MP, il réfute tout intention de sa part ayant conduit à initier de telles démarches. Non seulement il se dédouane de la confusion créée par ces initiatives mais invite également leurs promoteurs à plus de retenue et de responsabilité. Sans cacher que ses prochaines préoccupations soient les élections à venir et surtout qu’il faut les gagner, il a tenu a confirmer que c’est en passant par une concertation politique qu’il faudra en définir la tenue. Ce qui remet en doute l’indépendance de la CENI (Commission Électorale Nationale et Indépendante) ou vu d’un autre angle accentue son impuissance face au pouvoir exécutif dont il dépend financièrement.

A ceux qui passent leur à jeter de l’huile sur le feu il répond qu’il faut se préparer au dialogue et aux élections. En clair, qu’il faudra d’abord gagner sa place sur le terrain avant de compter sur les retombées d’une victoire de son camp qu’il entend mener en capitaine déterminé.

Joseph Kabila parle peu publiquement, trop peu même pour une société qui n’apprécie pas le doute et qui s’accroche littéralement à la moindre déclaration confuse d’un membre du pouvoir pour en déduire une nouvelle dérive du style de la 2ème République. Les mises aux points ponctuelles destinées à sa majorité effacent rarement la suspicion et le traditionnel message à la nation de fin d’année ressemble plus à une liste d’intentions dont il a peine à mettre en oeuvre les mois suivant.

Message clair pour les uns ou flou pour les autres, la distinction a désormais peu d’importance. Un calendrier électoral définitif, la tenue des élections présidentielles et législatives en temps et heures voulues par la Constitution, une campagne électorale saine et équitable devraient suffire à ôter ces doutes.

©WakatiYetu

 

 

 

 

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