Dialogue: Entre procès et intentions

 

Palais de la Nation, consultation du PR kabila en vue Dialogue Politique. Juin 2015

 

De ces rares adresses à la nation, cette dernière aura été l’une des moins sincères. Attendue depuis six mois, l’annonce de la convocation du Dialogue Politique National Inclusif a mis à jour un ensemble d’idées certes pas neuves mais sournoises de la part du Chef de l’Etat.

Si l’annonce en elle-même n’a rien de surprenante, quelques points cristallisent ce sentiment de manque d’honnêteté au sommet de l’Etat. L’absence de responsabilité, l’absolue nécessité d’un dialogue vu comme la « solution unique », l’insidieuse et perpétuelle invitation à modifier le type de scrutin pour des raisons économiques résument cette mauvaise fois que l’on s’accoutume à prêter à l’administration du Président Kabila et que lui qualifie de procès d’intention.

Qui est responsable?

Fichier, calendrier, sécurisation et financement électoral 2016 constituent les thèmes principaux devant animer ledit Dialogue. A une année de le fin présumée du cycle électoral 2011-2016, aucun de ces prérequis n’a à ce jour été atteint. L’étude de ces questions est certainement d’une importance capitale au vu des retards accumulés; l’origine de cet état des choses l’est tout aussi. Étrangement (peut-être pas), personne n’en prend la responsabilité.

Malgré son excessive exaltation à déclarer jouir d’une majorité absolue dans toutes les institutions de la république, la mouvance présidentielle n’a jamais eu l’honnêteté, faute de courage et de redevabilité de remettre en question une gouvernance politique ayant entraîné à dessein un marasme électoral d’une telle ampleur. La faute a été attribuée aux « divergences profondes d’opinions apparaissant sur la scène politique nationale ». Il y a bien un problème, mais on ne désignera pas de responsable. Dans cette république du pardon, les sanctions sont bien trop dures à élaborer.

L’ultime solution?

Le dialogue est certes une vertu dans un espace démocratique. Encore faut-il qu’il soit régulier et prompt à orienter la nation vers un sens commun de patriotisme qui pousse les parties impliquées à emprunter un chemin circonstanciel pour éviter le  blocage institutionnel qui se présente.

Ce forum énoncé comme unique alternative à la crise électorale (rendue politique par coercition) n’offre pas les attributs propices à un consensus. Initié sur base d’un problème factuel, son organisation laisse la porte ouverte à des réflexions non inscrites à son agenda faisant d’une rencontre utile une institution factice ayant pour but ultime la remise en cause de l’ordre préétabli par l’instauration d’un mode de gestion éphémère propice à la refonte d’une organisation politique qui tend à se régénérer de ses propres cendres.

Si le dialogue est utile, il arrive bien tard pour pallier au déficit de confiance accordée à la classe dirigeante. Son manque de clarté divise et réunit opportuns, indécis et téméraires pour une cause tout aussi différente que l’aspiration qui les y contraint.

Quel prix pour quelle élection?

Le filigrane de cette fresque serait l’argent.  Mal géré, distribué sans compter, imputé au superfétatoire et dilapidé inconsciemment au point de soutenir une réflexion « sur un système électoral avec des modalités de vote peu coûteuses … » comme ce fut déjà le cas en 2011 où le scrutin présidentiel à été amputé de son deuxième tour pour en diminuer les coûts. Ou encore récemment, la nomination des Commissaires Spéciaux pour corriger la non-budgétisation (en 2015) de l’élection des gouverneurs des nouvelles provinces créées au moment où l’on s’attendait le moins. Cette fois, c’est le suffrage indirect qui serait devenue l’option économique la plus viable… en attendant une nouvelle initiative du même ordre pour le prochain cycle electoral.

La course à l’économie n’ayant aucune limite, il ne serait pas futile de s’interroger sur la finalité d’une telle demarche en période électorale. En tentant d’être « mathématiquement » cohérent, une élection à coût nul serait parfait dans un tel environnement mais de toute évidence totalement inutile.

La démocratie telle que promue et pratiquée par delà nos institutions a donc un prix élevée mais sans doute juste pour garantir le sérieux qu’on lui confère. Ceci nous ramène une fois de plus au principe de réponsabilité dont le Président Kabila semble vouloir esquiver et exempter ses dévoués.

Retard flagrant dans l’organisation, déficit financier, volonté politique insuffisante, le pays se retrouve quasi au point zéro de l’un  de ses fondements démocratiques. Dans le pire des cas dès novembre 2016, Président de la République, députés nationaux et provinciaux, sénateurs et gouverneurs seront tous au delà de leur mandat électif. On n’en est pas encore là, mais que fera-t-on si on y arrive?

Dans une chute, tant que l’on n’a pas atteint le sol, il vaut mieux se convaincre que tout va bien. Après, il est souvent trop tard.

©WakatiYetu

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