Dialogue: Que reste-t-il de la feuille de route de l’UDPS? 

 

Etienne Tshisekedi au Stade des Martyrs. Aout 2011, Kinshasa

Par une Ordonnance Présidentielle du 28.11.2015, le Président de la République a officiellement convoqué un Dialogue Politique National Inclusif qui devra réunir dans un bref délai des délégués de la Majorité Présidentielle (MP), de l’Opposition et de la Société Civile sous une co-modération MP-Opposition néanmoins assistée d’un facilitateur international devant intervenir en cas de difficulté majeure.

Cette annonce diversement appréciée contraste autant sur la forme que sur le fond à la feuille de route (disponible ici) publiée dix mois plus tôt par l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) principale partie prenante de ce forum. Établies comme conditions préalables à toute participation au dialogue entre le Président Kabila et Étienne Tshisekedi qui s’obstine à s’y présenter comme Président élu dont le pouvoir effectif (impérium) a été usurpé depuis 2011 par Joseph Kabila.

Après divers messages confus sur la nature de la participation de l’UDPS, force est de constater que le Président Kabila a pour d’evidentes raisons de leadership pris l’option de suivre un agenda qui lui est propre. Mais à ce stade, rien ne lui est définitivement acquis. Le Comité Préparatoire annoncé par l’Ordonnance Présidentielle peine à prendre pied. A la place, c’est l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la région des Grands lacs, Said Djinnit, qui après qu’Etienne Tshisekedi ait renié la paternité du forum à Joseph Kabila, tente de concilier les deux parties sur ce point primordial. 

La forme avant-tout

Envisagée sous forme d’une confrontation entre deux camps, celui du statu quo représenté par les Kabilistes et celui du changement menée les Tshisekedistes, ce dialogue devait (selon l’entendement de l’UDPS) être convoqué et modéré par l’Envoyé Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et chef de la MONUSCO.

Une interprétation bien singulière de la résolution 2147 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui visiblement n’a pas eu la même signification du côté Kabila qui non seulement à convoqué lui-même ledit dialogue mais lui a aussi préféré une co-modération nationale assistée d’une facilitation étrangère en cas de blocage.

Quant aux participants, il faudra y rajouter la Société Civile, composante hybride faussement apolitique et utilisée le plus souvent comme contrepoids entre la majorité au pouvoir et les partis d’opposition. Estimé a priori à environ 40 délégués, le forum pourrait aisément atteindre la centaine de personnes.

Le lieu et la durée sont les seules exigences ayant trouvé grâce aux deux parties. Le dialogue se passera à Kinshasa et devra être court, une dizaine de jours tout au plus.

Les discussions de fond

Véritable foire d’empoigne entre MP et UDPS, les exigences du parti cher à Tshisekedi auront du mal à être exécutées tant elles affectent directement le pouvoir et l’autorité du Président Kabila.

Remettre sur table la fraude électorale de 2011 et par conséquent réouvrir le trou béant de la crise de légitimité longtemps décriée équivaut une déclaration de guerre. Il en est de même de la restructuration totale de la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) dont l’UDPS veut une direction collégiale MP-Opposition et de la Cour Constitutionnelle dont les neuf membres sont accusés d’être à la solde du pouvoir, sans autonomie de jugement.

La fiabilisation du fichier électoral préalablement audité par une partie externe (réalisée ici par l’OIF) déterminera l’élaboration d’un calendrier qui se veut consensuel mais dont l’élection présidentielle devra être primordiale et si possible liées aux législatives. Les autres scrutins présumés non impérativement constitutionnels pourront attendre. Un point de vue peu partagé par la MP qui met en avant la primauté des élections locales et l’équité des scrutins qu’ils soient locaux ou nationaux. 

La question du financement récemment perturbée par l’idée d’une réflexion sur des élections peu coûteuses fait à la fois ressortir les griefs sur la gestion des deniers publics, les prévisions, dépenses et contrôles budgétaires et la mise en place d’un calendrier électoral réaliste. Si ces élections coûtent réellement cher, c’est plus par manque d’organisation du gouvernement qui en cette fin de législature n’est pas aidée par une croissance économique revue à la baisse. En 2016, il y aura encore moins d’argent que ce prévu par le budget national. 

Le seul point unanimement accepté par les deux parties porte sur la sécurisation du processus électoral qui se doit d’être apaisé comme le veut le terme consacré dans ces pays qui s’initient à la démocratie. 

Considérant les diverses déclarations (parfois partisanes et déroutantes au sein même du parti) qui soulignent l’impérieuse nécessité de ces assises, la participation de l’UDPS peut-être comprise comme définitivement acquise, moyennant de toute évidence des aménagements conséquents sur le fond et la forme. La présence de l’UDPS au Dialogue oscille entre un OUI (à condition que) et un NON (à moins que). Cependant, au delà de ces préalables, l’attention sera inévitablement portée sur l’issue de ces débats. 

Compte tenu de l’histoire et de la notoriété du parti cher à Etienne Tshisekedi, il est à ce stade peu imaginable qu’un plan commun ou un consensus fédérateur ne sanctionne ce forum. Le constat de l’asphixie électorale ambiante sera fatalement unanime mais les moyens d’y remédier donneront probablement lieu à des pistes de solutions distinctes et peu consensuelles. 

Respect des délais constitutionnels, calendrier consensuel et probablement une période transitoire pour réajuster les différents scrutins au calendrier politique. Autant de points sur lesquels il faudra trouver un accord sans froisser les susceptibilités des parties engagées au Dialogue et d’une nation qui accorde désormais non sans raison peu de foi aux hommes politiques.  

On connaît l’UDPS radicale et imprévisible dans ses actions, la MP arrogante et intransigeante sur ses acquis. Le dialogue qui s’ouvre incessamment va par conséquent voir s’affronter deux conceptions diamétralement opposées de la gouvernance politique.

Pour l’un comme l’autre, l’échec d’un tel engagement aura des incidences peu flatteuses sur la vie de leur formation politique respective et est donc à éviter… Mais à quel prix?

©WakatiYetu

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