Discours sur l’état de la Nation: Auto-satisfaction et incertitudes 

 Le contexte politique actuel sensiblement tendu fait des rares apparitions du chef de l’Etat des événements très médiatiques. Et ce Discours sur l’état de la Nation qui intervient en plein débat sur la crise électorale et boycotter par les groupes parlementaires des députés de l’Opposition ne l’était pas moins.

Attendu principalement sur le Dialogue Politique National Inclusif et sur le cycle électoral qui s’avère être le dernier de son mandat présidentiel, cette adresse à la nation n’a en définitive apporté aucune nouvelle significative. Les 3/4 de l’allocution ont porté sur le bilan des actions du gouvernement qu’il juge positives et encourageantes.

Bilan et perspectives

L’année 2015 s’achève sans euphorie sur le plan économique. La récession annoncée peu avant le dernier trimestre a tempéré une croissance continue depuis plusieurs saisons. Se stabilisant autour de 7%, elle aura néanmoins permis selon le Président Kabila de réaliser divers projets utiles dans la course au progrès et à l’amélioration des conditions de vie, citant notamment la réhabilitation et l’aménagement des réseaux routiers, la remise en route du transport fluvial avec ITB Kokolo, la relance du transport ferroviaire avec la SNCC (Société Nationale de Chemins de fer Congolais) par l’achat de nouvelles locomotives et la création d’une nouvelle compagnie aérienne (Congo Airways) saluée par l’achat d’aéronefs qui se poursuivra en 2016. Constructions et réhabilitation des bâtiments publics et infrastructures économiques (immeuble du gouvernement, aéroports, ponts, agro-industrie…) sont aussi le fruit de cette rigueur économique et d’investissements réfléchis.

Sur le plan social, Joseph Kabila relève des points positifs dans le domaine de la santé où la baisse de la mortalité infanto-juvénile est passée de 148 décès pour 1000 naissances en 2007 à 100/1000 en 2014 et la mortalité maternelle de 1200 décès pour 100000 naissances en 2001 à 846/100000 en 2014. La disparition de la poliomyélite depuis le mois de novembre constitue également une étape décisive.

Il se félicite également de la baisse sensible des violences faites aux femmes suite à la mise en place de différentes mesures d’information et de justice. L’objectif ultime étant d’atteindre un taux égal à zéro. Il se félicite de la loi sur les droits de la femme et de la parité promulguée cette année ayant considérablement aidé à l’amélioration de sa condition; des efforts devront être poursuivi dans ce sens, notamment par les partis politiques. Le chef de l’Etat cite en exemple les 30% de femmes se retrouvant parmi les Commissaires Spéciaux des provinces récemment créées.

L’enseignement, les conditions de scolarisation et d’apprentissage se seraient améliorés et se poursuivent soulignant que l’accès à l’éducation et la qualité de l’enseignement sur fond d’égalité de chance et de gratuité restent des objectifs à atteindre. Avec 787 écoles construites depuis 2013, ce secteur espère atteindre le chiffre 1000 d’ici la fin de l’année scolaire en cours. La branche supérieure et  universitaire devra engager une réflexion et faire le choix entre une instruction de masse mais fonctionnelle ou élitiste tout en étant accessible afin de correspondre aux exigences du pays et du marché du travail.

Sur le plan politique, tout ou presque a tourné autour de la crise électorale en cours et du Dialogue Politique convoqué à cet effet. Mais avant d’en arriver à la crise en elle-même,  Joseph Kabila a tenu a féliciter les députés et sénateurs pour leur travail dans la mise en oeuvre du démembrement des provinces passées de 11 à 26 marquant par la même occasion un tournant dans le débat électoral.

Le Président souligne et insiste qu’il ne permettra pas que la paix si chèrement acquise soit menacée par des opinions négativistes et des complots de toute nature visant à mettre en péril la République. Allusion sans doute faite à tous ceux qui refusent de participer au Dialogue mais aussi à l’actuelle réunion d’opposants, qui au Sénégal, discutent sur les enjeux électoraux mais sont soupçonnés par les autorités d’atteinte à la sûreté de l’Etat en s’organisant pour déstabiliser les institutions en place.

Pensant couper court à la polémique sur toute intervention étrangère dans la résolutions des problèmes congolais et assurément pour réveiller la fibre patriotique de la nation, il s’inspire alors d’une citation de Patrice Lumumba et déclare sur un ton déterminé que ce n’est ni l’Orient, ni l’occident ni encore moins les Nations Unies qui trancheront nos différents politiques.

Doutes et incertitudes

De cette allocution d’une heure, il n’y a eu quasi aucune assurance politique sur l’avenir du pays (et de facto du sien) à la grande déception de ses détracteurs.

Après l’énumération des acquis socio-économiques et de leur projection en 2016, rien n’a été clairement défini pour une année qui sera essentiellement politique par la seule présence des élections cruciales dont l’une doit sanctionner la fin de son second et dernier mandat présidentiel.

Rien de nouveau n’a été annoncé sur le Dialogue Politique National Inclusif auquel il tient fermementsur la date de sa tenue, le comité préparatoire qui doit le précéder ou le facilitateur international qui l’accompagnera. Idem pour les scrutins électoraux dont aucune allusion n’a été faite si ce n’est que l’idéal seraient qu’ils soient « authentiquement congolais » et que leur coût soient revus à la baisse pour ne pas les opposer aux dépenses liées au développement social et économique.

On en retiendra donc que le pays va relativement bien sur le plan sécuritaire et que l’Etat contrôle la quasi totalité du territoire à l’exception de quelques poches d’insécurité ci & là. Qu’il y a des efforts à faire pour attirer les investissements nationaux et internationaux afin de maintenir et de poursuivre la croissance constatée et d’améliorer sensiblement les conditions de vies des citoyens en commençant par la fourniture des besoins de bases qui sont l’eau, l’énergie, les soins de santé, l’éducation et le transport et en combattant la corruption.

Un discours d’auto-satisfaction, peu enthousiaste et moins convaincant que le précédent qui invite inévitablement au doute et à l’incertitude des mois à venir. On notera de manière anecdotique mais interpellante que la Constitution qui enflamme les débats politiques de ces dernières semaines n’a nullement été évoquée directement. Une façon certainement prudente de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

©WakatiYetu

 

 

 

 

 

 

 

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